Association  BPSGM          Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale         64000 Pau

Un prisonnier évadé dénonce les conditions de son accueil dans les services administratifs. Août 1942

Un prisonnier évadé se plaint des conditions de son accueil par les services administratifs à son retour à la vie civile. En août 1942, il écrit au Maréchal Pétain pour le dénoncer.

 

 

 

Le 14 août 1942, le Colonel Baron, président du groupe « Collaboration » de Pau, transmet au Préfet la lettre qu’un prisonnier de guerre évadé lui a confiée, dans laquelle il dénonce les conditions d’accueil des services administratifs chargés des formalités de son retour.

 

Transcription des courriers.  

 

 

Lettre du colonel Baron au Préfet des Basses-Pyrénées.

 

 

 

GROUPE « COLLABORATION »                                                                                                                  Pau, le 14 août 1942

Sous Comité des Landes

11, rue des Cordeliers. Pau

Tél : 32-09

Le colonel en retraite BARON,

Président du Comité de PAU du groupe « COLLABORATION »

à

Monsieur DUCOMMUN

Préfet des Basses-Pyrénées et des Landes(zno).

Monsieur Le Préfet,

J’ai l’honneur de vous adresser, ci-joint, un rapport qui m’a été remis par un prisonnier de guerre évadé lequel considère avoir à se plaindre de la réception qu’il a reçu, en zone libre, de la part de certains fonctionnaires.

Je vous adresse ce rapport, bien imprécis, à toutes fins utiles car il reflète un état d’esprit qui est, de mon avis, susceptible de nuire à l’unité de la Nation.

Une copie de ce document a été adressée au groupement « COLLABORATION » du Haut Languedoc à TOULOUSE.

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’hommage de mon profond respect.

Signé Baron

Lettre du plaignant adressée au Maréchal Pétain.

                                                                                                                                                                                                        Le 5 août 1942

Monsieur le MARECHAL PETAIN

Chef de l’État Français

VICHY

Monsieur Le MARECHAL.

Originaire du Pas-de-Calais, zone interdite, brigadier-chef de réserve, fait prisonnier dans le Nord en juin 1940, je me suis évadé et je viens de venir en zone libre. Or l’accueil fait aux prisonniers d’après ce que j’ai pu en juger par moi-même est loin de ce qu’il devrait être. Je crois Monsieur Le Maréchal qu’il est de mon devoir de vous en rendre compte, afin que après avoir fait procéder aux vérifications indispensables vous puissiez en toute connaissance de cause donner les ordres et prendre les décisions qui vous paraîtront nécessaires. Je me permets de préciser que je ne me place pas sur un domaine égoïstement individuel, mais qu’il s’agit de l’intérêt général.

Au point de vue matériel. Je comptais comme brigadier-chef , durant la première année de captivité où j’étais à la solde journalière de 9,75f par jour. Non, les prisonniers ont droit au tarif réduit 2,75f par jour. Plus 3f de prime qui vient d’être ajouté depuis quelque temps. Un agent de police de 21 ans qui n’a pas fait la guerre est engagé sur le pied de 2.000f par mois, ayant fait remarquer la chose un agent militaire me dit : « Mais là-bas vous étiez bien, vous étiez payé§ ! ».Ah oui ! J’étais en kommando avec des sous-officiers non volontaires pour le travail envoyés d’office en kommando le 15 octobre 40. Nous touchions en kommando la somme de 0,70RM par jour, somme suffisante pour boire un litre de bière, c’est cela que l’agent militaire appelle gagner de l’argent en Allemagne. Je lui ai offert d’être volontaire pour remplacer l’un des nôtres ; cet individu n’a évidemment pas souffert à part quelques restrictions ce que nous avons enduré là-bas et s’il a eu des restrictions à subir il n’a pas enduré comme nous les souffrances morales plus pénibles que les souffrances corporelles, il n’a pas comme nous habitants du Nord sa famille constamment sous les dangers des bombardements ce qui augmente nos angoisses. Que lui importe tout cela à lui à l’abri dans le sud de la France.

Le prisonnier rapatrié ne peut obtenir avant 4 ou 6 mois des bons de vêtements et de chaussures, il doit se contenter du costume de libéré et de la seule chemise qui lui est donnée. Il doit donc s’il a les moyens avoir recours au marché noir pour trouver ce dont il a besoin, c’est sans doute pour le remercier d’avoir fait son devoir en 40.La belle récompense après 2 ans de captivité et une évasion.

Alors que les prisonniers évadés et rapatriés devraient faire l’objet de mesures préférentielles pour un emploi, ils s’aperçoivent qu’il n’en est rien. On offre à un rapatrié père de famille des emplois à 1.200f par mois. Dans des bureaux des gens qui ont oublié le jour de la tourmente de rester à leur poste et qui ont fui n’ont pas oublié de se faire donner la bonne place ? Ce sont ces gens là qui actuellement vous regarde avec mépris, vous font sentir que vous êtes des gêneurs, tout juste s’il ne disent pas que vous êtes des imbéciles d’avoir fait votre devoir.

Face à l’incurie pour ne pas dire la malveillance administrative, le prisonnier évadé ou rapatrié se sent envahi par un immense écœurement, on a l’impression que certains fonctionnaires font tout pour rendre votre autorité odieuse. A ce sujet, l’adjudant de gendarmerie du poste où j’arrivais venant de ZO me dit  que s’il n’avait pas été prisonnier c’était grâce à son génie, il avait laissé tomber ses hommes aux environs de Valenciennes et grâce à sa tenue de garde mobile qu’il avait dans sa cantine il été arrivé à Dunkerque et avait été embarqué.

Pour l’établissement de ma carte d’identité, on exigeait un certificat de vie établi sur carte interzone émanant de la mairie de chez moi. Ayant fait remarquer que cette formalité signalait à la kommandantur mon évasion ce qui est susceptible d’attirer des ennuis à ma famille, le commissaire spécial m’envoya au greffier demander un certificat de vie sur l’honneur. Je fus reçu par le greffier comme un chien. Il déclara que les représailles sur ma famille, cela lui était égal. Exaspéré par ce rond-de-cuir et en présence du juge de paix je me suis permis de lui sortir ce qui depuis longtemps me tenait à cœur : que je regrettais d’avoir souffert la faim, d’avoir enduré pendant 2 ans la séparation familiale pour permettre à des gens de son genre de vivre tranquille et de se moquer de nos malheurs et de notre patriotisme.

J’ai la douleur de constater que durant ma captivité en Allemagne j’avais été mieux considéré par les officiers allemands que par des gens de son espèce qui nous reçoivent comme des chiens susceptibles de prendre leur place.

Monsieur le MARECHAL, j’ai pris la liberté de vous soumettre ces faits, en le faisant je crois remplir mon devoir qui est de vous rendre compte de ce qui peut affaiblir le moral national. Encourager vos paroles, votre sollicitude constante vis à vis des prisonniers, vous avez été pour nous un réconfort pendant notre captivité, j’ai la tristesse de constater que vos ordres ne sont pas exécutés et que des subalternes de toutes catégories semblent tout faire pour mettre au cœur des prisonniers désillusion et amertume. C’est pour éviter que ces faits ne se reproduisent sur une grande échelle au retour de la masse des prisonniers que je me suis permis de soumettre ces faits à votre autorité.

Veuillez agréer, je vous prie, Monsieur le MARECHAL, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

                    1. SALOME Adolphe José

                      Villa du MIDI

Chemin Coudères

PAU

Source: AD 64 1031W165

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