Association  BPSGM          Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale         64000 Pau

Combats de l’été 1944. Combats de Rébénacq. 14 juin 1944.

Trois textes d’époque témoignent des combats de Rébénacq, proches du lieu-dit « Oeil du Néez », qui se déroulèrent le 14 juin 1944.

 

 

 

 

Document n°1: extrait du journal  » la IVème République » daté du 14 octobre 1944.

 

La voix des F.F.I.

Action de guerre du maquis de Rébénacq.

Sur ordre de RAMENA, un détachement de 10 hommes commandés par l’adjudant GARROCQ occupe le 9 juin le lieu-dit « Château d’eau » à REBENACQ.

Mission : grouper les isolés partis sans but dans la nature dès le 6 juin, déplacer un dépôt d’armes et constitution de lots destinés aux secteurs.

Le 11 juin, ce détachement recueille 20 isolés. Le sous-lieutenant ALAUZY prend le commandement.

Le 12 juin, un groupe de la police Judiciaire, sous les ordres de l’Inspecteur ROIGNANT, vient se mettre à la disposition du sous-lieutenant ALAUZY qui dispose ainsi de 40 hommes. Un plan de défense est élaboré et les armes sont distribuées.

Le 13 juin, aménagement des cantonnements dans le bois, les armes en dépôts sont nettoyées et graissées. Le lieutenant AURIN, commandant la Compagnie Robespierre, inspecte le détachement.

Le 14 juin, les armes sont distribuées aux différents secteurs Nay, Oloron, Mauléon, Corps-Francs. Il reste après cette distribution quelques armes destinées à la Compagnie Aramits qui avait reçu l’ordre d’occuper la région Arudy-Buzy.

Le même jour à 19h45, arrivèrent deux voitures allemandes suivies de près par un détachement cycliste de 200 hommes environ. Le groupe de la P .J. fut immédiatement attaqué.

L’alerte fut donnée au groupe ROBESPIERRE qui, à son tour, ouvrit le fau sur les Boches, permettant ainsi à de nombreux policiers de se replier. Malheureusement, 3 d’entre eux dont un blessé furent fait prisonniers. On devait les retrouver plus tard dans une fosse commune à Idron, tués par le Boche, après avoir subi d’affreuses mutilations. Ces trois hommes sont : MOURLHON, COTTONAT et LOUSTAU.

Le Boche surpris par le feu nourri des éléments de la Compagnie en position sur la crête marque un temps d’arrêt et dirige finalement son tir dans la direction d’où venaient les coups de feu. Il possédait des mitrailleuses lourdes et en fit bon usage. Un avion de reconnaissance paraissait diriger leur tir.

Puis, ce fut l’assaut de la crête : deux cents Boches environ étaient en action contre trente des nôtres, seulement, qui ne possédaient qu’un seul fusil-mitrailleur en état de tirer. Le Boche utilisant même un canon, la position devint intenable, ALAUZY donna alors l’ordre de repli, lequel s’effectua en bon ordre sous le bois situé en arrière des positions, les hommes continuant à tirer pour protéger leur retraite. Deux groupes se formèrent : l’un commandé par ANTHONY, l’autre par ALAUZY. L’un se dirigeât vers Bescat, l’autre vers Arudy.

Le lendemain matin, deux hommes déguisés en paysan, BEAUFILS et DISANTI, revinrent à Rébénacq afin de reconnaître les lieux et de récupérer le Maximin de matériel abandonné par le groupe. Les Allemands arrivant à nouveau, ils furent arrêtés, interrogés et relâches une demi-heure après.

Dans le repli, un seul homme est tué : le F.F.I. DAURE. Son corps resta entre les mains des Allemands qui le traînèrent sur la route où il demeura 3 jours sans que personne puisse l’approcher.

GLOIRE A TOUS CES BRAVES

Document n°2: témoignage du maquisard Julien Bégué.

 

L’attaque du dépôt d’armes de l’armée secrète.

Par le troupes allemandes 14 juin 1944 à 18h30, à l’Oeil du Néez à Rébénacq (B.P.).

Tel qu’il s’est passé par BEGUE Julien, maquisard n°92 du groupe franc MICHEL-ACHILLE REGIS du maquis du Béarn « chargé de mission » le 12 juin 1944 avant l’attaque du dépôt d’armes.

Je me trouve à Rébénacq à l’Oeil du Néez avec les policiers de la P.J. Et autres camarades, tels que Messieurs ALOZI, GAROT, SERANO, TURUCOU, DORT, les frères BALEX, VAISSIR, CHOLTEX, NARP avec tous ses camarades de la P.J.

Le 13 juin au matin, je reçois l’ordre de Jean RUP de me rendre au P.C. de ST.FAUST – arrivé dans l’après-midi. Le soir même de mon arrivée, je suis désigné avec mes camarades ALEX et LAUSIER de détruire au plastic le grand pylône de haute tension à coté du pont de chemin de fer de GAN. Le lendemain 14 juin, au P.C. la ferme de M. COZZOLINO à St. FAUST, je pétris du plastic en vue d’autres sabotages éventuels ; l’après-midi sur ordre de REGIS SALENAVE, Jean CARMOUZE et moi nous partons monter la garde d’un sentier avec une mitrailleuse THOMSON, car, cet après-midi là, notre chef MICHEL devait rencontrer M. ABADIE, chef de la Milice régionale, afin de le dissuader, à lui et ses hommes, de rejoindre notre maquis officiel.

Vers 17h, nous rentrons au P.C., CARMOUZE et moi. Là, aussitôt arrivés, MICHEL et SPOTI, chef de la sûreté, me donne l’ordre de mission écrite, d’aller immédiatement en camionnette en compagnie de mes camarades ESCOUA et Gaston ESTEBEN, chercher les policiers de la P.J. se trouvant au maquis de l’Oeil du Néez afin de les ramener au P.C. de St. FAUST.

Il était environ 18h30.

A notre arrivée là, nous sommes tous les trois entourés par 3 responsables du P.C. ALOZI et GARROT, ROIGNAND à qui je remets l’ordre de mission ; ROIGNAND part avertir les policiers à la carrière face à l’Oeil du Néez pour leur communiquer que j’étais là pour les ramener au P.C. de St. FAUST. Quelques minutes se sont écoulées et nous causions avec notre camarade Jean GAROT et ALOZI qui me disaient que l’on m’attendait depuis le matin. Je lui répondis que l’on nous a donné l’ordre de venir les chercher , il y a environ 1 heure.

Ces quelques paroles échangées que des camions chargés de troupes allemandes faisaient éruption arrêtés face à l’Oeil du Néez nous mitraillaient immédiatement.

Moi, étant armé de mon colt, je répliquais aussitôt. Jean GAROT peut en faire foi, puis je me repliais avec GAROT détournant la roche car je connaissais bien le P.C. Là j’y trouve mes camarades les frères BALEX, TURUCON, SERANO, GAROT, VESIERES, etc. Ces camardes faisaient feu au fusil et à la mitrailleuse.

Je pris un Lebel sur les couvertures et là nous nous battions coudes à coudes face aux camions chargés de troupes allemandes. Et, comme nous étions au-dessus de la source, eux nous voyaient pas , ils nous servaient de cibles, ils criaient comme des fous et nous tiraient par dessus la tête et nous faisaient tomber des branches sur nous.

Les munitions s’épuisaient, nous avons tenu environ une ½ heure. Il a fallu décrocher et partir les uns d’un côté, les autres de l’autre, pour ne pas nous faire repérer. Après une heure de marche sans sandales aux pieds, j’entendais toujours derrière moi, le bruit des mitrailleuses et canons allemands puis j’aperçus la ferme et, comme je crevais de soif, j’allais demander à boire un peu d’eau.

Ma surprise, je vois deux rescapés NARP et GUEMARD de la P.J. Le fermier faisait un pansement avec une serviette éponge à NARP, il avait une balle qui lui avait traversé l’omoplate. GUEMARD avait une balle qui lui avait raflé le cuir chevelu. A son tour, il me faisait remarquer que moi aussi, j’avais une balle qui m’avait traversé le pantalon en m’éraflant la chair.

Quelques minutes se sont écoulées, le fermier nous dit de quitter sa ferme à cause des représailles. La nuit commençait à tomber, à travers champs, pieds nus, je me dirigeait vers BESCAT via LASSEUBE ; eux aussi vers le P.C. de St FAUST.

A 1h environ du matin, je vis réveiller un fermier de LASSEUBE qui me donna asile dans sa grange jusqu’à 4h40 du matin, il me fit boire du lait, me donna un morceau de lard et une vieille paire de souliers qui étaient les bienvenus.

Puis je repartis vers St. FAUST, empruntant les petits chemins que les paysans me disaient de suivre. Je mangeais des pommes vertes sur mon chemin pur m’enlever la soif qui me tenaillait. Vers 14h à l’approche de St FAUST, un paysan m’interpella et me demanda où j’allais, je compris sa demande. Il m’amena chez lui, me donna à boire et me conduisit vers le nouveau P.C. d’AUBERTIN. Là je retrouvais mes camarades, mon chef et des rescapés de la veille à REBENACQ.

Malheureusement, nous apprîmes plus tard qu’il y avait eu des pertes chez nous. Jean DORT, LOUSTAU, CANTONAT, MOURLHON, AMIEL que l’on retrouva enterrés dans un coin de terre à IDRON.

BEGUE, 10 rue de Foix à PAU

NDLR: Les patronymes dans ce texte ne sont pas parfaitement conformes à ceux de l’article de presse auquel il faut se référer. Par exemples: Alozy pour Alauzy, Dort pour Daure, Cantonat pour Cottonat, Garot pour Garrocq…..

 

Document n° 3: Circonstances de la mort de Eugène Daure.

MAQUIS ENGAGEMENT

REBENACQ : 14 juin 1944. 18h30.

Après une opération contre le maquis de la Police Judiciaire et l’arrestation de trois inspecteurs, un autre maquisard, appartenant au groupe AS qui avait subi l’attaque en même temps que le groupe Police, a été arrêté, amené sur la route nationale 135 bis, et abattu par les Allemands. Le cadavre qui a été abandonné dans le fossé ne sera enlevé par les autorités locales que 48 heures plus tard. Il s’agit de DAURE, Eugène, Émile, 35 ans, domicilié à GELOS (B.P.) 22, rue Magendi.

Le 15 juin, lendemain de l’engagement, un détachement se rend à REBENACQ, chez M. MIRANDE Jean Baptiste et découvre chez l’intéressé 2 postes émetteurs, des armes, des munitions, aux alentours de la maison.

M MIRANDE est arrêté ainsi que sa femme infirme et le fermier. Conduits à PAU, ils sont relâchés le lendemain. Pendant ce temps, la maison avait été pillée et incendiée ainsi que la grange, par le détachement allemand.

Archives Police jud.

Source: fonds Baradat, archives de l’association.

Des informations complémentaires peuvent être consultées pour les personnalités suivantes dans les articles qui leur sont dédiés ou dans lesquels ils sont mentionnés:

Baradat Achille , Alauzy  Garrocq , Roignant , AurinMOURLHON, COTTONAT et LOUSTAU.  

Eugène Daure est inscrit au monument aux morts de Gelos.

Son dossier au Service Historique de le Défense (SHD) porte la cote: Vincennes – GR 16 P 159645

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