Association  BPSGM          Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale         64000 Pau

VILLALBA Luis. Souvenirs de Gurs.

Souvenirs de Luis Villalba, interné au camps de Gurs, recueillis par Claude Laharie en juillet 1975. Témoignage publié le 5 avril 1975 dans une édition spéciale du journal « LIBERATION » à l’occasion du quarantième anniversaire du camp.

 

 

Témoignage de Luis Villalba.

Arrivée à Gurs (15 avril 1939)

 

                          Basque espagnol, je m’étais réfugié en France, de Santander à Pauillac, à la suite de l chute du Pys Basque. Avec moi, 1.800 Espagnols. Puis, en 38, je suis retourné en Catalogne, pour continuer la lutte. Après la prise de la Catalogne, je passe la frontière au Perthus, je suis envoyé à Argelès et, de là, à Gurs en tant que Basque.

Le 15 avril, le camp n’est pas encore terminé, et je fais partie d’un des premiers contingents d’hébergés ».  Aucune femme, tous sont des résistants républicains. Le camp est administré par des militaires français.

 

Premier séjour au camp

(Avril – décembre 1939)

 

                       Le camp se remplit à une vitesse foudroyante (en un mois). Les baraques « qui doivent contenir 45 hommes » en contiennent toujours 60. On couche par terre, sur le plancher, puis sur des lits de branches fabriqués par les internés. Construites pour être utilisées pendant l’été, les baraques sont en bois (1 centimètre d’épaisseur), chaudes en été, glaciales en hiver (des bouteilles explosent à cause du gel). Pas de lumière dans les baraques durant le mois de décembre.

Les repas sont pris dans les baraques, mais préparés dans une baraque de tôle spéciale, pour tout l’îlot.

De midi à 2 heures de l’après-midi, on peut sortir de l’îlot et se promener dans l’allée centrale, mais personne ne peut sortir du camp. Une double ligne de barbelés entoure le camp.

En 1939, le Tour de France passe sur la RN 636; ce fut l’occasion d’une manifestation des Espagnols qui, depuis l’îlot, criaient « Vive la République espagnole ». Certains espagnols qui avaient réussi à sortir, essayaient de dialoguer avec les journalistes de « L’Humanité » ou du « Populaire ». Les gardiens renvoyèrent sans ménagement tout le monde dans le camp.

A partir de septembre 1939, la guerre provoqua beaucoup de changements dans la vie du camp. L’administration ne cessa de faire pression sur les réfugiés pour qu’ils s’engagent dans les C.T.E (ils sont volontaires au début) ou dans les Bataillons de Marche. Presque tous les Espagnols furent envoyés dans les C.T.E. ou en Afrique du Nord, pour construire les trans-saharien.

En janvier 1940, je suis envoyé, pendant deux mois, dans une C.T.E. à Saint-Nazaire. Puis, cette C.T.E. est dissoute, la plupart de ses membres (Espagnols) envoyés à Irun! Mais, pour ma part, dans une autre C.T.E à Labouheyre où je suis resté trois mois.

 

Deuxième séjour au camp

(Juin 1940 – février 1946)

 

Des femmes arrivèrent, remplaçant progressivement les sortants. Ce sont des réfugiées allemandes ou belges…. en situation administrative irrégulière, internées puisque « en surnombre dans l’économie française »; mais il n’y a pas que : des familles entières. Il se peut qu’il eut aussi des familles de résidents allemands en France, mais peu.

Je reviens à Gurs, à la C.T.E. du camp. Je m’occupe, avec des camarades, des tinettes, terrassement, maçonnerie, électricité, service du réfectoire des gardiens ( comme le pianiste Charles Laval, qui entretient les fossés, les baraques, le cimetière…).

Les avantages sont certains: salaire de 5 francs par jour (un ouvrier français gagne alors 4 francs de l’heure), ration alimentaire double, liberté de circuler à travers tout le camp pendant la journée. Nous quittons l’îlot de la C.T.E vers 7h30 et nous retournons à 19 heures.

Notre sort s’améliore.

 

Source: « Le Camp de Gurs. 40ème anniversaire ». Edition spéciale du journal « Libération » N° 1652 du 5 avril 1979, éditée par la Maison des Jeunes et de la Culture d’Oloron.

 

 

 

 

 

 

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