Association  BPSGM          Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale         64000 Pau

Les frères Schwartzenberg.

 La rédaction de cet article est l’aboutissement des recherches effectuées par Valérie Trémaudant et Michèle Vallaud.

Raymond (fonds privé, Nadine Marie-Schwartzenberg)
Jacques (fonds privé, Nadine Marie-Schwartzenbeg)

 

 

Les frères SCHWARTZENBERG (Raymond et Jacques), nés dans une famille juive qui se réfugie à Pau en juin 1940, sont arrêtés en février 1943 pour fait de sabotage. Ils sont déportés à Mauthausen où ils décèdent le 13 décembre 1943.

 

 

 

 

L’arrivée à Pau de la famille Schwartzenberg

Raymond, né le 28 mars 1925 à Paris, et Jacques, né le 10 mars 1926 à Paris, sont les fils de Simon Schwartzenberg, industriel en bonneterie, et de Germaine née Kissler, juifs roumains. Arrivés de Paris, ils se réfugient à Pau en juin 1940 alors en zone libre. Le département des Basses-Pyrénées, proche de la frontière espagnole, voit arriver à cette période un afflux important de réfugiés juifs. Après quelques jours passés à l’hôtel, la famille Schwartzenberg s’installe 20 rue Gassion dans un appartement loué par un commerçant de Pau, Monsieur Baylocq. D’autres membres de la famille s’installent également à Pau.

Fiche de l’élève Jacques Schwartzenberg au lycée de Pau, octobre 1942-24 février 1943- © Lycée Louis Barthou-Pau
Fiche de l’élève Raymond Schwartzenberg au lycée de Pau, octobre 1942-24 février 1943-© Lycée Louis Barthou-Pau

Les quatre fils aînés, Léon (né le 2 décembre 1923), Raymond, Jacques et Gilbert (né le 4 décembre 1928) sont inscrits au lycée Louis Barthou[1]. Ils ont également trois sœurs, Lilyane (née en 1931), Colette (née en 1934) et Nadine (née en 1941). En 1941, Léon, leur frère aîné, souhaite faire des études de médecine à la faculté de Toulouse mais il a interdiction de s’inscrire à cause du numerus clausus imposé aux juifs par le régime de Vichy. Il va suivre alors des études de droit. Dès juillet 1942, il s’engage dans la Résistance et plus tard intégrera le Corps Franc Pommiès. Léon Schwartzenberg deviendra professeur de médecine, cancérologue de renom.

 

 

 

 

 

 

 

Le sabotage

A partir du 11 novembre 1942, la « zone libre » du département est occupée, les Allemands s’installent à Pau. L’hôtel de France, place Royale, abrite la kommandantur 732. Fin décembre 1942, le service de police allemand, couramment désigné par les initiales SD et l’appellation Gestapo, s’installe Villa Saint Albert, 72, avenue Trespoey.

Raymond (17 ans) et Jacques (16 ans), « élèves de la classe philosophie-sciences au lycée Louis Barthou »[2], avec d’autres camarades, distribuent des journaux clandestins « Combat » dans l’enceinte de l’établissement. Un jour, de début février 1943, Raymond, en compagnie d’un ancien élève, Jean Proubet, repère, place Royale, proche de l’hôtel de France, la mise en place d’un réseau téléphonique permettant les liaisons entre le commandement militaire et les divers cantonnements. Ils décident de « faire un coup ». Raymond et Jean Proubet rejoints par Charles Péré-Lahaille (élève au lycée) et Roger Loriaut (employé à la banque BNCI et chef d’un groupe local de résistance affilié à « Combat »), se réunissent au café Continental. Ils décident de passer à l’action et mettent au point un plan. Raymond, Charles Péré-Lahaille et Jean Proubet réaliseront le sabotage. Ce dernier se fait même prêter une paire de petits ciseaux par un garçon du Continental.

Le 23 février 1943, les Allemands constatent que les lignes téléphoniques de leur réseau ont été sectionnées à proximité du Boulevard des Pyrénées. Raymond, Jacques, Charles Péré-Lahaille et Roger Loriaut sont dénoncés par « leur camarade », Jean Proubet. Celui-ci, employé en tant que métreur en bâtiments, distribue les journaux clandestins donnés par Raymond mais parallèlement, il renseigne régulièrement un certain Marcel Minvielle, membre du SOL[3] sur les activités de résistance de ce groupe. Proubet l’informe du futur sabotage. Adolphe Debus, employé comme interprète à la Gestapo à la Villa Saint Albert, confirme, lors de son témoignage au procès de Jean Proubet[4], que le sabotage a été annoncé au SD par Monsieur Durst, de la Commission d’Armistice[5] : il tenait l’information du SOL. C’est ainsi que les agents de la Gestapo connaissent l’adresse des Schwartzenberg et font le guet devant l’immeuble rue Gassion.

Le lendemain du sabotage, 18 ou 19 février[6], Jean Proubet rapporte les faits à Marcel Minvielle. Ce dernier insiste pour qu’il l’accompagne au siège du SOL, installé rue Louis Barthou, afin « d’arranger l’affaire ». Le secrétaire, Monsieur Vivent, répond : « On verra. »[7].

L’arrestation

Le mercredi 24 février 1943, Jean Proubet est arrêté chez lui à 6h00 du matin. Vers 7h00, « à l’heure du laitier », quatre membres de la Gestapo, accompagnés de Jean Proubet, se rendent en voiture au domicile des Schwartzenberg. Gilbert, le frère cadet de Raymond et de Jacques, ouvre la porte et appelle son père qui pense dans un premier temps que les Allemands sont à la recherche de Léon. Raymond, qui a juste eu le temps de jeter les journaux « Combat » dans les toilettes, est arrêté à son tour. Son père le voit partir dans la rue, encadré par la Gestapo : il ne le reverra plus. Depuis ce jour, Simon, violoniste, rangera son instrument pour toujours. Raymond et Jean Proubet sont emmenés à la Villa Saint Albert (siège de la Gestapo) et interrogés. Gilbert réussit à avertir Charles Péré-Lahaille[8] mais cela n’empêchera pas son arrestation quelques heures plus tard. Jacques, prévenu par son oncle, n’a pas souhaité s’enfuir car il pense pouvoir faire quelque chose pour son frère. En fin de matinée, la Gestapo prend en voiture Jean Proubet afin de désigner Roger Loriaut à la sortie de son travail, à la BNCI. Repéré devant la préfecture, il est arrêté. Ensuite, ils vont chercher Jacques et Charles Péré-Lahaille au lycée Louis Barthou. Cette arrestation a suscité une très forte émotion au sein de l’établissement. Robert Tric, professeur de philosophie, dont aucun de ces élèves n’est présent dans sa classe, demande une entrevue au préfet afin d’intervenir auprès des autorités allemandes pour obtenir leur libération mais en vain[9]. Le père de Raymond et de Jacques, accompagné d’un ami, a également tenté d’intervenir pour leur libération par l’intermédiaire de Monsieur Louis Perego, délégué de la Croix Rouge italienne. Ce dernier s’est rendu à la Villa Saint Albert mais la réponse des Allemands a été : « (…) pour les juifs, il n’y a rien à faire (…) »[10].

« (…) parmi les quatre élèves, se trouvent par hasard, deux Israélites, deux frères nommés Schwartzenberg (…) ». C’est dans ces termes tout aussi significatifs qu’un rapport secret, établi le 10 mars 1943 sur l’état de l’opinion par le chef régional de la censure à Pau, est adressé au chef des services de la censure à Vichy. D’autres notes manuscrites mentionnent clairement « 2 juifs » parmi les auteurs de l’attentat. A la suite de l’arrestation, la Préfecture des Basses-Pyrénées, à la demande des autorités allemandes, fait diffuser un communiqué dans la presse menaçant de sanctions très graves « tout acte de ce genre » [11].

Les internements et les transferts

Jean Proubet est libéré le lendemain, le 25 février : la Gestapo a fait semblant de le soupçonner afin d’éviter les représailles envers le traitre. Roger Loriaut est aussi relâché, une perquisition à son domicile n’ayant rien donné.

Mais Raymond et Jacques sont gardés à la Villa Saint-Albert, siège de la Gestapo. Avec Charles Péré-Lahaille, ils vont ensuite être internés au Fort du Hâ à Bordeaux, à Compiègne et à Metz. Lors de leur internement au fort du Hâ, Raymond parvient à envoyer une lettre à ses parents dans laquelle il leur indique « Méfiez-vous de John, il est contagieux, et surtout contamine les autres. », « John était le prénom de Proubet »[12].

Jacques, ayant contracté une jaunisse, séjourne quelques temps dans un hôpital parisien d’où il fera parvenir une lettre à ses parents mentionnant la visite de son grand-père maternel, seul membre de la famille a être resté à Paris.

La déportation

Au mois de mai 1943, Raymond et Jacques sont déportés au camp de concentration de Mauthausen dans le convoi n°86. Ils meurent le 13 décembre 1943. Officiellement, les archives du camp, mentionnent la cause de leur mort « auf der Flucht erschossen worden »  qui signifie « abattu en essayant de s’échapper » [13].

Carrière de Mauthausen

Mais la réalité est toute autre, on peut lire un témoignage poignant de leur mort dans le livre de Nicole Attia relatant la vie de son père, Jo Attia, truand et résistant[14]. Interné à la même période, il est témoin de leur mort tragique dans la carrière du camp.

Leur frère Léon apprendra leur décès à la Libération. Il évoque également cette scène dans son livre intitulé Face à la détresse[15].

 

 

 

Les deux autres camarades arrêtés

Charles Péré-Lahaille (dit Charlot), ami de Léon Schwartzenberg, né le 4 juillet 1923 à Ahaxe, est domicilié 13 rue Serviez à Pau. Il est également arrêté ce 24 février. Il réussira à s’enfuir au cours d’un transfert qui l’amenait en déportation puis repris, il s’échappera plusieurs fois des camps de concentration.

De « source sûre », Charles Péré-Lahaille affirme dans son témoignage recueilli pour le procès de Jean Proubet que ce dernier ayant appris sa fuite des camps, aurait cherché à le retrouver à Paris lors d’un séjour en août 1944[16]. Charles Péré-Lahaille deviendra architecte. Il sera l’invité avec Lilyane et Nadine Schwartzenberg de l’Assemblée Générale des Anciens du Lycée Louis Barthou de Pau, le 5 décembre 2004[17].

Quant à Roger Loriaut, né le 5 mars 1922, il est le fils de Robert Loriaut, adjoint direct de Bénédict Rodriguez, créateur de l’armée secrète du département. Roger, chef d’un groupe de résistance locale appartenant à « Combat », travaille à la BNCI (Banque Nationale pour le Commerce et l’Industrie). Il est arrêté puis relâché. Mais plus tard, il sera déporté à Dachau d’où il reviendra.

La République des Pyrénées 2/12/2004
La République des Pyrénées 6/12/2004
Sud-Ouest 6/12/2004

 

 

 

 

 

 

 

 

Le « traitre » et le procès

Jean Proubet, qui a dénoncé Raymond et Jacques, est né le 26 mai 1924 à Bayonne, fils d’un contrôleur des PTT et d’une institutrice. Il quitte le lycée Louis Barthou en classe de première après l’échec à la 1ère partie du Baccalauréat. Il entre au Cabinet Galtier en tant que dessinateur puis métreur en bâtiments. Il est arrêté le lendemain de la Libération de Pau, le 21 août 1944, interné à la maison d’arrêt de Pau jusqu’au 22 octobre, il sera ensuite amené au camp d’Idron jusqu’au 9 janvier 1945 avant de retourner à la maison d’arrêt[18]. Il est jugé le 22 février 1945 par la Cour Spéciale de justice, et condamné à 20 ans de travaux forcés « pour trahison et atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat »[19]. Léon Schwartzenberg et Charles Péré-Lahaille témoigneront lors de ce procès[20].

Ce 22 février 1945 vers 20h00, à la sortie du Palais de Justice de Pau, Jean Proubet, accompagné par trois gendarmes et menotté à un autre détenu, se rend à pied à la prison, les véhicules de police étant exceptionnellement indisponibles. Une voiture, phares allumés, passe à quelques mètres des cinq hommes. Jean Proubet est blessé d’un coup de révolver à l’angle de la rue Viard et de la rue Lavigne [21]. Pour consulter l’article, cliquer ici   et   ici

Il meurt le 2 mars des suites de ses blessures[22].

Monsieur Louis Perego, délégué de la Croix Rouge italienne, et Charles Péré-Lahaille, lors de leur témoignage pour le procès, évoquent également le nom d’un autre dénonciateur, Charles dit : « L’existence de notre groupe clandestin avait été signalé à la Gestapo par le nommé Bourragué »[23].

Départ de Pau

La famille Schwartzenberg quitte définitivement la ville de Pau quelques temps après la signature de la capitulation du 8 mai 1945.

Lieux de mémoire

L’arrestation à Pau le 24 février 1943, extrait de la fresque du Centenaire, peinte en 1998 par Bernard Nogaro pour l’Amicale des Anciens du lycée. Propriété du Lycée Louis Barthou et de l’Amicale des Anciens-© Lycée Louis Barthou- Pau

 

La scène de l’arrestation des deux frères est représentée au lycée Louis Barthou sur « La fresque du centenaire ». Réalisée par Bernard Nogaro en 1998, elle se trouve dans le couloir jouxtant la salle des professeurs.

 

 

 

 

 

Extrait du monument aux morts du lycée Louis Barthou-© Lycée Louis Barthou-Pau

 

Les noms de Raymond et Jacques Schwartzenberg sont inscrits sur la plaque commémorative du monument aux morts du lycée Louis Barthou. Elle est apposée au parloir du lycée.

 

 

 

 

 

Une rue de Pau porte le nom de Léon Schwartzenberg, grand cancérologue et frère aîné de Raymond et Jacques, inaugurée le 17 mai 2004 par André Labarrère, Maire de Pau, dans le nouveau Pôle de santé[24].

 

 

 

Une demande formulée auprès du Conseil municipal de Pau après 2004, notamment par Marie-José Delhomme, une amie de la famille, afin d’apposer une plaque commémorative ou d’attribuer une rue aux noms des deux frères, n’a pas abouti.

Le mur du Mémorial de la Shoah à Paris ne mentionne pas le nom des deux frères. En effet, ils sont considérés comme morts pour faits de Résistance, ce qui est exact, mais incomplet[25].

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[1] Voir ci-après les fiches élèves de Raymond et Jacques du lycée de Pau.

[2] Rapport secret du chef régional de la censure de Pau adressé au chef de la censure à Vichy décrivant l’état de l’opinion et relatant notamment les faits de l’arrestation, 10 mars 1943, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 71 W 22, n° 2238.

[3] SOL : Service d’Ordre Légionnaire, crée en 1941, ancêtre de la milice française créée en janvier 1943.

[4] Audition d’Adolphe Debus, 27 décembre 1944, Dossier de procédure (du 27 décembre 1944 au 22 février 1945), procès de Jean Proubet, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 30 W 170.

[5] Commission chargée de l’application et du contrôle de la convention de l’armistice du 22 juin 1940 entre la France et l’Allemagne nazie.

[6] Rapport secret du chef régional de la censure de Pau adressé au chef de la censure à Vichy décrivant l’état de l’opinion et relatant notamment les faits de l’arrestation, 10 mars 1943, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 71 W 22, n° 2238.

[7] Dossier de procédure (du 27 décembre 1944 au 22 février 1945), procès de Jean Proubet, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 30 W 170.

[8] Témoignage de Gilbert Schwartzenberg, 17 février 1945, Dossier de procédure (du 27 décembre 1944 au 22 février 1945), procès de Jean Proubet, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 30 W 170.

[9] Schwartzenberg (Léon), Face à la Détresse, Fayard, La Flèche, 1994, pages 233 à 242, 255 p.

[10] Témoignage de Louis Perego, 31 janvier 1945, Dossier de procédure (du 27 décembre 1944 au 22 février 1945), procès de Jean Proubet, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 30 W 170.

[11] Rapport secret du chef régional de la censure de Pau adressé au chef de la censure à Vichy décrivant l’état de l’opinion et relatant notamment les faits de l’arrestation, 10 mars 1943, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 71 W 22.

[12] Témoignage de Gilbert Schwartzenberg, 17 février 1945, Dossier de procédure (du 27 décembre 1944 au 22 février 1945), procès de Jean Proubet, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 30 W 170.

[13] Article du 29 janvier 2020 écrit par Emmanuel Schwartzenberg, journaliste et fils de Léon Schwartzenberg, Médiapart: https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-schwartzenberg/blog/290120/les-resistants-juifs-exclus-du-mur-du-memorial-de-la-shoah

[14] Attia (Nicole), Jo Attia, mon père, Gallimard, 1974, pages 84 et 85, 256 p.

[15] Schwartzenberg (Léon), Face à la Détresse, Fayard, La Flèche, 1994, pages 233 à 242, 255 p.

[16] Témoignage de Charles Péré-Lahaille, 17 février 1945, Dossier de procédure (du 27 décembre 1944 au 22 février 1945), procès de Jean Proubet, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 30 W 170.

[17] Articles de presse : La République des Pyrénées, 2 et 6 décembre 2004 et Sud-Ouest, 6 décembre 2004,

[18] Registre d’écrous de la maison d’arrêt de Pau du 20 août 1944 au 21 novembre 1945, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 1147 W 12.

[19] Dossier de procédure (du 27 décembre 1944 au 22 février 1945), procès de Jean Proubet, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 30 W 170.

[20] Dossier concernant la tentative d’assassinat de Jean Proubet le 22 février 1945, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 77 W 150.

[21] Article de presse : La IVème République, 24 février 1945.

[22] Dossier concernant la tentative d’assassinat de Jean Proubet le 22 février 1945, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 77 W 150.

[23] Témoignage de Charles Péré-Lahaille, 17 février 1945, Dossier de procédure (du 27 décembre 1944 au 22 février 1945), procès de Jean Proubet, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 30 W 170.

[24] Article de presse : La République des Pyrénées, 17 mai 2004.

[25] Article du 29 janvier 2020 écrit par Emmanuel Schwartzenberg, journaliste et fils de Léon Schwartzenberg, Médiapart : https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-schwartzenberg/blog/290120/les-resistants-juifs-exclus-du-mur-du-memorial-de-la-shoah.

Remerciements

Cette biographie a été rédigée en accord et avec l’aide précieuse de Madame Nadine Marie-Schwartzenberg, leur sœur cadette. Nous la remercions infiniment pour son témoignage.

Nous remercions également :

  • Madame Gwendoline Péré-Lahaille, fille de Charles Péré-Lahaille,
  • Michèle Dominici, ancienne élève du lycée Louis Barthou, réalisatrice du film documentaire, « Léon Schwartzenberg, le révolté »,
  • Monsieur le Proviseur du Lycée Louis Barthou de Pau et le Président de l’amicale des Anciens du Lycée de nous avoir autorisés à utiliser à titre gracieux sur ce site les documents renseignés par « © Lycée Louis Barthou-Pau »,
  • Monsieur Pons, le directeur des Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques.

 

Documents d’archives

  • Rapport secret du chef régional de la censure de Pau adressé au chef de la censure à Vichy décrivant l’état de l’opinion et relatant notamment les faits de l’arrestation, 10 mars 1943, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 71 W 22.
  • Registre d’écrous de la maison d’arrêt de Pau du 20 août 1944 au 21 novembre 1945, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 1147 W 12.
  • Documents administratifs (10 octobre 1944 – 24 janvier 1945) relatifs à l’internement de Jean Proubet au camp d’Idron, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 72 W 273.
  • Dossier de procédure (du 27 décembre 1944 au 22 février 1945), procès de Jean Proubet, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 30 W 170.
  • Arrêt du jugement de Jean Proubet, Cour d’appel de Pau, 22 février 1945, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 1257 W 9.
  • Dossier concernant la tentative d’assassinat de Jean Proubet le 22 février 1945, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, Réf. 77 W 150.

 

Références bibliographiques

  • Attia (Nicole), Jo Attia, mon père, Gallimard, 1974, 256 p.

Il y a une erreur dans le texte à propos de l’orthographe du nom des deux frères, Scharzenberg au lieu de Schwartzenberg.

 

Extrait :

         (…) Le dernier jour. Devant Jo, dans la montée de la carrière, deux gosses, les frères Scharzenberg, deux juifs de dix-sept et dix-huit ans. Brusquement Raymond, le plus jeune, s’écroule. Son maigre corps où les côtes saillent sous la peau meurtrie est écrasé sous la lourde charge. Son frère, Jacques, veut le dégager en faisant basculer le bloc dans le vide. Mais Raymond refuse d’aller plus loin.

               Jo le relève.

-Allons, môme, tu ne peux pas rester là, faut avancer sinon tu vas crever.

– Je m’en fous, je suis à bout.

         Un S.S. surgit. Pourquoi la colonne s’est-elle arrêtée ? Un interprète lui explique. Le fridolin ricane. Il tient l’aîné aussi pour responsable puisqu’il a jeté le granit. Il parle au gars qui traduit. Celui-ci devient blême, il ne sait comment rapporter les propos.

         L’un des deux frères doit être puni de mort. Lequel ? C’est à eux de décider. Ils vont se battre sur le rebord du précipice jusqu’à ce que l’un d’eux tombe dans la carrière. L’autre aura la vie sauve. Voilà ce qu’a imaginé le S.S.

         Jo et quelques autres s’indignent, ce qui leur vaut une volée de coups. Déjà kapos et S.S. se sont installés pour le spectacle. Raymond pleure et refuse de se battre avec Jacques. Les gardes sont furieux et frappent les deux gosses à coups de crosse, leur ordonnant de combattre.

         Jacques, sans un mot, prend la main de son frère et l’entraîne. Ils sautent dans le vide et leurs corps rebondissent cent mètres plus bas sur les blocs ; leurs cadavres pantelants viennent s’écraser devant les détenus qui extraient la pierre.

         Tous ont encore cette épouvantable scène au cœur quand ils rentrent le soir au baraquement. (…)

  • Poullenot (Louis), Basses-Pyrénées Occupation Libération 1940-1945, J & D Editions, Biarritz, 1995, 366 p.

D’après les témoignages et les documents d’archives, Raymond n’a jamais porté le nom de Bernard, même en tant que résistant. L’arrestation a eu lieu le 24 février et non le 26 février. Quant à Jacques, il est né le 10 mars 1926 et non le 25 mars 1926.

 

         Extrait (pages 236 à 237) :

         (…) L’arrestation des frères Schwartzenberg

         En février 1943, les Allemands qui viennent d’occuper (12 novembre 1942) le département des Basses-Pyrénées jusqu’alors bénéficiaire du statut de « zone libre », poursuivent leur plan d’installation.

         A Pau, ils procèdent, entre autres travaux, à la mise en place d’un réseau téléphonique de campagne : il s’agit de lignes permettant d’établir des liaisons entre le commandement militaire et les divers cantonnements de leurs propres troupes situés aux alentours de la ville.

         Le 23 février, ils constatent que ces lignes installées aux abords du Boulevard des Pyrénées et de la Place Royale dans des conditions défectueuses qui les rendent vulnérables, ont été sectionnées. Aucun doute, il s’agit d’un sabotage. Ils alertent leur service de police.

         Une enquête est ouverte. Le lendemain 24 février un détachement de la S.D. (Gestapo) se présente au lycée de Pau.

         Des élèves sont interrogés. Cinq d’entre eux sont soupçonnés d’être les auteurs du sabotage : Proubet Jean, né le 26 mai 1924 à Bayonne (Basses-Pyrénées), Père-Lahaille Charles, né le 4 juillet 1923 à Ahaxe (Basses-Pyrénées), Loriot Roger, né le 5 mars 1922, Schwartzenberg Bernard, né le 28 mars 1925 à Paris, Schwartzenberg Jacques (frère du précédent), né le 25 mars 1926 à Paris.

         Après interrogatoire, ils décident l’arrestation du jeune Père-Lahaille. Elle a lieu à l’intérieur du lycée.

         Monsieur Spotti, Commissaire Français de Police Judiciaire, informé de l’incident, se rend immédiatement au Siège de la Police Allemande. Il lui est signifié, de manière courtoise mais ferme et sans appel, que les Autorités Allemandes tiennent à traiter, elles-mêmes, cette affaire, sans le concours de la Police Française.

         Les Allemands demandent, par le canal de leur Etat Major de liaison, que des dispositions soient prises en vue de prévenir le retour de pareils agissements et qu’un avis soit inséré dans la presse locale pour inviter la population à respecter les installations allemandes.

         Elles font néanmoins appel à un inspecteur de la 17e bridage de sûreté française, pour procéder à une perquisition au domicile de Roger Loriot, opération qui s’avère entièrement négative.

         De son côté, le Préfet fait diffuser un communiqué dans la presse locale pour que de tels faits ne se renouvellent pas. Il ordonne, en outre, à la police urbaine d’exercer une surveillance sur les lignes téléphoniques de l’occupant.

         L’incident paraissait ainsi terminé, lorsque les Allemands décident d’arrêter tous les élèves soupçonnés.

         Le 26 février, à 7h30, l’aîné des frères Schwartzenberg, Bernard, est arrêté à son domicile, 20, rue Gassion à Pau. Son frère cadet, Jacques, n’a pas voulu suivre les conseils de ses camarades de classe qui l’incitaient à prendre la fuite. Il a été arrêté, à son tour, dans l’après-midi.

         Les frères Schwartzenberg, tous deux israélites, avaient déjà choisi, malgré leur jeune âge de lutter contre l’occupant : ils distribuaient, en cachette, à leurs camarades des journaux clandestins édités par les Mouvements de Résistance.

         Tous deux ont été déportés dans les camps de la mort et ne sont pas revenus.

         Le déroulement de cette affaire, dont plusieurs points manquaient en netteté, a été l’objet d’une mise en scène de la Police Allemande.

         En réalité, les frères Schwartzenberg auraient été dénoncés par l’un de leurs camarades de classe (Proubet) que la Police Allemande avait intégré dans le groupe des élèves soupçonnés et arrêtés, au même titre que les autres, dans le but de le protéger du châtiment que suscitait son acte de trahison et de délation.

         Loriot a été relâché. Père-Lahaille dont l’arrestation avait été maintenue pour des raisons ignorées de tous, a réussi à s’évader au cours d’un transfert.

         A la libération du département, Proubet a comparu devant la Cour de Justice des Pyrénées-Atlantiques. Il a été condamné par cette juridiction d’exception à 20 ans de travaux forcés.

         Après son jugement, alors qu’il regagnait sa cellule à la Maison d’Arrêt de Pau, à 20 heures, à pied et entre deux gendarmes, comme cela s’effectuait à l’époque, des inconnus venus sur les lieux en automobile, l’ont tué par balles. (…)

  • Schwartzenberg (Léon), Face à la Détresse, Fayard, La Flèche, 1994, pages 233 à 242, 255 p.

         1er extrait (pages 233 à 235) :

(…) Un matin de février 1943, à l’aube, trois jeunes élèves du lycée de Pau sont arrêtés par la Gestapo. Ils ont, quelques jours plus tôt, sectionné les lignes téléphoniques qui permettaient au commandement de l’armée allemande dans le chef-lieu des Basses-Pyrénées (devenues depuis lors Pyrénées-Atlantiques) de joindre les unités stationnées le long de la frontière espagnole. Un de leurs camarades de lycée les a dénoncés : on le verra par la suite sortir de la villa où siège la Gestapo.

         Le professeur de la classe de philosophie, dont aucun des élèves arrêtés ne figure parmi les siens (ils sont plus jeunes : quinze à seize ans), demande une entrevue au préfet du département.

– Monsieur le préfet, je viens vous voir pour les trois enfants qui ont été arrêtés aujourd’hui.

-Vous savez, répond le préfet, le commandant allemand m’a fait savoir qu’ils sont coupables d’un acte qu’on peut qualifier de terroriste : ils ont interrompu les communications de l’armée d’occupation.

-Peut-être, mais ce sont des enfants, monsieur le préfet.

– Oui, mais coupables tout de même. Je ne les qualifierai pas de terroristes, mais de s’être rendus coupables d’un acte d’une extrême gravité.

– En effet, monsieur le préfet.

– De sabotage, précise le haut fonctionnaire.

– Monsieur le préfet, je ne viens pas discuter de la nature de l’acte ni de sa qualification, je viens parler avec vous, d’homme à homme, de ces écoliers, de ces tout jeunes gens, et vous prier d’intercéder, avec tout votre poids, pour obtenir qu’ils soient relâchés.

– Mais c’est impossible! Vous n’imaginez tout de même pas que je puisse demander qu’on tienne pour anodins des agissements semblables ?

         Puis, après un silence, le préfet semble se radoucir 

-Vraiment, je ne vois pas ce que je peux faire.

-Allez au moins voir le commandant, lui suggère le professeur.

-Je vais essayer de lui téléphoner. Mais c’est vraiment sans garantie et presque sans espoir.

         Devant la détresse du professeur, il ajoute :

-Je comprends ce qui vous incite à agir : vous êtes père, vous aussi.

         Alors, à bout de discours, le professeur de philosophie lâche :

-Vous voyez, monsieur le préfet, ma démarche pour sauver ces enfants, ces écoliers, – je vous prie d’excuser et comprendre les termes que je vais utiliser, mais ce sont ceux de mon métier…-, monsieur le préfet, la liberté de ces enfants est pour moi une question métaphysique !

          Les écoliers seront tous trois déportés ; deux seront assassinés, le troisième réussira à s’évader.

         Le professeur de philosophie s’appelait Robert Tric. (…)

 

2ème extrait (pages 237 à 242) :

                                      Mauthausen

         Il m’est arrivé de rencontrer des personnages aux multiples facettes. L’un de ceux qui m’ont le plus impressionné, séduit, et que j’ai presque aimé (pourquoi le nier ?), a fait partie de ce qu’on appelle le grand banditisme : Jo Attia.

         Ses activités le conduisirent, pendant la guerre, à participer à un réseau de Résistance qui organisait des passages à la frontière espagnole. Il fut arrêté et déporté à Mauthausen, camp de concentration appartenant à la sinistre catégorie Natcht und Nebel (Nuit et Brouillard), un camp d’extermination.

         Une carrière de quatre cent mètres de diamètre aux parois abruptes d’une soixantaine de mètres de haut, et cent quatre-vingt-six marches à gravir plusieurs fois par jour : tel était le lieu de travail des déportés chargés de pierres dont le poids était à la limite de ce qu’ils pouvaient supporter.

         Le 13 décembre 1943, Jo Attia travaillait au marteau-piqueur avec un copain.

 

         On tient de lui le récit que voici [1] :

« A une vingtaine de mètres du sommet, l’avance est ralentie par un groupe de quatre SS gueulant à qui mieux mieux, s’encourageant au crime en quelque sorte. Leur fureur s’exerce à l’encontre de deux jeunes gens de seize ans, deux garçons juifs, des jumeaux bruns bouclés inséparables, les frères Schwartzenberg. Jo les connaît bien et leur porte une tendresse spontanée car, pour lui, ils représentent l’idéal en ce bas monde, la perfection : ils sont frangins, se ressemblent, vivent la même vie sans jamais se quitter.

         Comme souvent chez les jumeaux, l’un est plus faible. Des deux, Raymond Schwartzenberg est le moins bien charpenté, le moins préparé aux épreuves physiques. Le plus coléreux aussi. Voilà qu’il est en train de craquer. Il en a assez des bousculades, de la schlague, du gummi. Il n’en peut plus de son corps vidé d’énergie. Il se refuse à ce que son frère Jacques, plus robuste, perde le meilleur de ses forces en venant à son aide, écopant de la moitié des brutalités infligées en punition de ses propres défaillances. Raymond vient de comprendre qu’il ne pourra pas aller plus loin. Les jambes molles, la bile remontant sans cesse dans sa bouche, le noyant d’amertume, le rocher arrachant les chairs de ses mains jusqu’aux os. Seul son déséquilibre le porte en avant. Il zizague, tombe, se relève. Subitement, plutôt que de continuer à monter, au lieu d’enjamber la cent quarante-quatrième marche, échappant aux SS qui le pressent, il déboîte sur la droite, passe sur une plate-forme d’une vingtaine de mètres de large surplombant la carrière, et, d’un geste de défi, laisse délibérément tomber sa charge. Le bloc rebondit. De bond en bond soulève des nuages de poussière, provoque des avalanches de graviers.

         Sidérés, les SS se concertent. Mains aux hanches, Raymond leur fait face. Accablé et hochant la tête, Jacques dépose son bloc. Avec la douceur que l’on a pour poser un bébé dans son berceau. Rien ne pourrait lui être plus précieux que ce geste qu’il accomplit, un geste dont il n’ignore pas qu’il engage un processus irréversible. Un geste plus précieux que la vie. Lentement il s’engage à son tour sur la plate-forme, se redresse près de son frère, regardant fièrement devant lui.

         La longue chenille humaine des porteurs de pierres s’est immobilisée. Les kapos ne sont plus chiens courants, ne mordent plus au hasard, se contentant d’observer avec une curiosité mauvaise ce que sera le comportement de leurs maîtres.

         Ceux-ci viennent de délibérer. Le refus inattendu de Raymond Schwartzenberg, sa révolte, leur offrent un prétexte de choix à exercer leur délire imaginatif. La situation est de nature à les enchanter. Les voilà à leur aise, puisqu’il ne s’agit que d’une formalité enfantine : rendre la justice.

         L’Unterscharführer, le plus élevé en grade des quatre SS, est également le plus grand par la taille. Sa capote l’enveloppe sombrement d’une pièce jusqu’aux bottes noires, le col serré brille du reflet argenté des runes. Son casque lui confère le pouvoir angoissant des voix sans oreilles. Or sa voix ne gueule pas. Elle suggère l’impensable plus qu’elle ne l’ordonne. L’homme d’acier, duveté de feutre, est sûr de sa victoire : il va triompher encore une fois de la chair juive. Mieux : cette chair maudite va s’entre-déchirer et, sublime raffinement, le frère donnera la mort au frère, et encore mieux, comme les frères sont jumeaux, celui qui tuera l’autre se détruira aussi. D’une certaine manière. Subtil raffinement.

         Rigide, la statue casquée précise :

         «Celui qui n’a rien fait ne doit pas payer pour celui qui a causé le désordre. Chacun ici doit mériter la chance que nous vous offrons de survivre. Vous allez vous battre l’un contre l’autre. »

          La plate-forme sur laquelle les deux frères Schwartzenberg se sont retirés est une sorte de palier creusé à même le flanc de la montagne, une marche étroite de deux mètres au plus de largeur, sur vingt de long.

         Ils se font face.

         La malnutrition, les efforts physiques trop violents, répétés de façon permanente dans la poussière de pierre, ont épuré les jumeaux, creusant dans leurs êtres vifs une sorte de perfection d’écorchés d’autant plus saisissante maintenant que, d’un même geste, Jacques et Raymond, se dépouillent de leur veste d’infamie et sont torse nu. Geste purificateur à la face du ciel.

         «  Battez-vous… Battez-vous… Vite ! vite ! » gueule l’Unterscharführer.

         Toujours face à face, les deux frères semblent vouloir se perdre dans les yeux l’un de l’autre.

         Les SS ramassent des cailloux, furieux d’une impatience malsaine dont les effluves viennent troubler jusqu’à l’écœurement les spectateurs figés, et se mettent en devoir de lapider les deux insaisissables statues blanches de la poussière impalpable flottant alentour.

         « Battez-vous, chiens, battez-vous… »

         Les cailloux pleuvent. Les deux garçons paraissent insensibles à leurs déchirures.

         Comme aspirés par une invisible puissance, d’un même mouvement aimanté, ils s’approchent l’un de l’autre, avec lenteur.

         Chacun retient son souffle, redoute dans sa propre chair, dans son âme, l’affrontement fratricide provoqué par les brutes. Jacques et Raymond ouvrent leurs bras, s’étreignent, collent leur peau, joignent leurs lèvres dans un baiser d’amour pur aussi insaisissable que souffle d’ange.

         Chacun donnera sa version, mais jamais l’on ne saura vraiment qui de Raymond ou de Jacques, qui du fort ou du faible infligea la poussée, provoqua l’impulsion, mais, brusquement, les deux corps jumeaux n’en firent plus qu’un qui bondit à ciel ouvert, bascula dans le vide, plongea dans le gouffre béant de la carrière, s’y abîma dans le grondement des roches dérangées, bousculées par le choc de leur poids d’éternité rebondissant, pour venir s’écraser soixante mètres plus bas au pied des camarades figés d’horreur, les mains croisées sur les manches de leurs pics en une inutile prière muette.

         Et l’impalpable poussière blanche retomba doucement et s’en vint leur servir de linceul. »

         Raymond et Jacques étaient mes deux petits frères, qui n’étaient pas jumeaux mais le sont devenus.

         Jo Attia est mort le 22 juillet 1972 d’un cancer de la gorge. A son enterrement, une délégation de déportés revenus de Mauthausen a déposé une gerbe sur sa tombe. (…)

—————-

[1] Rapporté par J. Marcilly, Vie et mort d’un caïd, Jo Attia, Paris, Fayard, 1977.

 

Film documentaire

– Dominici (Michèle), ancienne élève du lycée Louis Barthou, film documentaire, Léon Schwartzenberg, le révolté, produit par Hamelin Graziani, INA, Sunset Presse, diffusé sur Planète le 13 octobre 2004, 52 minutes, Archives communautaires Pau Béarn Pyrénées, l’Usine des Tramways, Réf. 2AV6.

 

Articles d’Emmanuel SCHWARTZENBERG (journaliste et fils de Léon)

https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-schwartzenberg/blog/290120/les-resistants-juifs-exclus-du-mur-du-memorial-de-la-shoah

https://static.mediapart.fr/files/2020/01/29/dokumentetd7024428-1.pdf

 

Pour en savoir plus

http://www.ajpn.org/commune-Pau-en-1939-1945-64445.html

https://arolsen-archives.org/fr/rechercher-decouvrir/

Les Arolsen Archives sont un centre de documentation des persécutions nazies et possèdent le fonds le plus complet au monde sur les victimes et les survivants des persécutions du national-socialisme. Inscrit au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO, le fonds détient des données sur près de 17,5 millions de personnes et possède des documents sur les différents groupes de victimes ciblés par le régime nazi, ce qui en fait aujourd’hui une importante source de connaissance.

Coupures de presse locale relatives à la famille Schwartzenberg.

La IVème République 5 juillet 1945
La Rep. des Pyrénées 25 août 1988
La Rep. des Pyrénées 28 août 1995
La Rep. des Pyrénées 28 mars 2000
La Rep. des Pyrénées 15 octobre 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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