Association BPSGM Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale 64000 Pau
ETCHEBERRIGARAY Joseph. Le parcours d’un milicien.
Joseph ETCHEBERRIGARAY, milicien, arrêté dès le 20 août 1944, rend compte de son passé de milicien lors d’auditions menées dans le cadre de l’instruction préalable à son procès.
Joseph Etcheberrigaray est auditionné les 14 et 15 septembre 1944 par le Commissaire de Police Joseph DALAS.
Ces deux comparutions ont fait l’objet de procès verbaux qui sont retranscrit ci-dessous.
1ère audition du 14 septembre 1944.
Ministère de l’Intérieur ETAT FRANCAIS
Direction de la police nationale
17ème brigade régionale PROCES VERBAL
de Police criminelle
PAU
Affaire contre Etcheberrigaray Joseph
Audition du nommé : Etcheberrigaray Joseph, âgé de 30 ans actuellement interné au camp d’Idron.
L’an mil neuf cent quarante quatre, le 14 septembre
Nous, Joseph DALAS, Commissaire de Police à la 17ème brigade de Police à Pau, officier de Police Judiciaire, auxiliaire de Monsieur le Procureur de la République,
Vu les instructions de Monsieur le Commissaire Divisionnaire, Chef de la 17ème Brigade de Police mobile à Pau, faisons comparaître devant nous le nommé ETCHEBERRIGARAY Joseph interné au camp d’Idron, qui, à interpellations successives, déclare comme suit :
« Je me nomme ETCHEBERRIGARAY Joseph, Jean, Dominique, né le 24 octobre 1913 à MAULEON (Basses-Pyrénées), fils de Ernest et de Félicie, célibataire, de nationalité française, commerçant demeurant rue Émile Guichené à PAU
« De la classe 1933, j’ai effectué 15 mois de service militaire. Dans la période de réserve j’ai suivi les cours de perfectionnement et j’ai été promu au grade se sous-lieutenant de réserve. En septembre 1940, j’ai été mobilisé et j’ai participé aux opérations de guerre. J’ai été démobilisé en août 1940. Je n’ai pas de décorations.
« Je suis titulaire de la première partie du baccalauréat.
« Dès la création de la Légion française des Combattants, je me suis fait inscrire et j’ai été nommé comme Chef de quartier. En temps que tel j’avais été chargé de faire du recrutement pour la Légion et de déceler les familles de prisonniers de la « portion » de ville dont j’avais la surveillance. J’ai adhéré à la Légion pour répondre à l’appel du Maréchal qui demandait à tous les français de s ‘unir pour faire la révolution nationale.
Au printemps 1942, le S.O.L.a été créé au sein de la Légion ; il avait pour but de maintenir l’ordre dans le pays suivant la réquisition du Préfet ; c’était donc une force de police supplétive en même temps un organe de propagande pour la politique du Maréchal. Le S.O.L.a fait des réunions privées au cours desquelles les messages du gouvernement étaient commentés. En ce qui me concerne, j’ai assisté à toutes les réunions et à presque tous les défilés.. J’étais doté de la tenue du S.O.L., et par la suite il m’a été remis une arme revolver marque MAS calibre 6/35. En juin 1942, j’ai été nommé Chef de cohorte et, à ce titre, j’avais sous mes ordres tous les S.O.L.de la ville de PAU qui étaient à cette date au nombre d’une centaine environ. En temps que S.O.L.j’ai fait de la propagande pour le recrutement.
« Au moment de la séparation de la Légion et du S.O.L.c’est à dire en janvier 1943, j’ai opté pour le S.O.L.qui est devenu la milice. Nous sommes devenus, à partir de ce moment, un organisme autonome ayant sa propre administration et un but bien déterminé qui était tout d’abord celui du S.O.L.mais d’une manière plus énergique et plus efficace. Je suis devenu milicien ou, plus exactement franc-garde et Chef de trentaine, mais ne faisait pas partie de la franc-garde permanente c’est à dire bénévole. En devenant franc-garde, je reconnais avoir adopté pleinement la politique du gouvernement LAVAL et de notre Chef DARNAND, qui était celle de la collaboration avec l’Allemagne.
« En octobre 1942, j’ai fait un stage de deux semaines à l’école nationale de police de SAINT-CYR (Mont-d’Or)) , j’étais à ce moment là S.O.L., j’ai reçu l’investiture et prêté serment au Maréchal. Les cours ont porté sur la formation politique, sur le maniement d’armes, sur l’organisation de la police en France et sur la tactique du maintien de l’ordre dans l’armée. J’ai assisté à ces cours en même temps que DABADIE, MAGGIAR et de MALHERBE.
« Jusqu’au début du mois de juin 1944 la flanc-garde bénévole n’était pas constituée ou plus exactement rassemblée, les divers francs-gardes continuaient leurs occupations « journalières » et ne se groupaient qu’en cas d’alerte et pour les réunions, au cours desquelles REGLAT ou ARRIX faisaient des cours sur les armes. Après le 1er juin 1944, tous les francs-gardes ont été groupés à la villa « Sainte-Hélène » où ils sont devenus « unité combattante et hiérarchisée ». La répartition du matériel avait été faite, en ce qui me concerne j’étais en possession d’un revolver et d’une mitraillette.
« En avril 1944, j’ai été désigné pour participer aux opérations de police qui devaient avoir lieu dans la Haute-Vienne, elles avaient pour but de faire l’épuration de la ville de LIMOGES. VIVENT, BOUCHER, LANOAILLE, MITON, PATIN, LEUGUE,MOURET, et ensuite MINVIELLE et PIRIOU de KERSALLAUN ont également assisté à cette opération qui a duré 15 jours environ. En ce qui me concerne, j’ai tout d’abord participé à certains défilés en prises d’armes, j’ai été chargé de la garde de la famille de miliciens réfugiés à LIMOGES. Après le débarquement, j’ai été chargé de faire du contrôle sur routes afin d’arrêter une voiture volée à la gendarmerie et transportant de faux gendarmes, ce contrôle n’a pas donné de résultats.
« Toujours après le débarquement, vers le 15 juin 1944, j’ai participé à une opération qui a été faite dans le château de DOUMY, canton de THEZE, pour la récupération du matériel d’aviation, ou plus exactement de l’armement. En effet, dans une dépendance du château, nous avons découvert un stock important de mitrailleuses pour avion avec des chargeurs à tambour, ; emballées dans des caisses. Je ne pourrais vous dire le nombre exact de ces mitrailleuses, il pouvait y en avoir soixante environ. Ce matériel a été entreposé à Sainte-Hélène où il est resté lors de notre départ. Assistaient à cette opération : DABADIE, VIVENT, ARRIX, REGLAT et la majorité de tous les francs-gardes car nous étions partis avec trois voitures. J’ignore qui a fourni les indications au sujet de ce dépôt ; DABADIE nous avait désigné l’emplacement exact sur une carte d’état-major. Le propriétaire de ce château a été arrêté et conduit à la Milice pour interrogatoire.
« Dans l’après midi du 14 juillet, j’ai été désigné pour conduire la camionnette transportant BROCQ et REGLAT en tenue civile et trois francs-gardes MOURET, ROBERT et DAGLAN , avec mission de nous rendre à GAN, ou plus exactement sur la route de GAN à HAUT-de- GAN. Arrivé là, BROCQ m’a donné l’ordre de stopper la voiture, ce que j’ai fait. BROCQ et REGLAT sont descendus, quant à moi et aux francs-gardes nous sommes restés à 100 mètres de la maison où se sont rendus les miliciens en civil. Quelques instants après, BROCQ m’a fait signe d’avancer jusqu’à la maison : nous avons chargé deux sacs de montagne dont l’un contenait un poste récepteur et un chargeur de mitraillette. Avant notre départ, nous avons pris en remorque une voiture automobile marque SIMCA-Cinq. Le lendemain matin, par ordre de DABADIE, nous sommes revenus à la ferme LABORDE pour y procéder à une perquisition. Je n’ai pas assisté à cette opération qui a été faite par ARRIX et REGLAT. D’autres miliciens montaient la garde à l’extérieur de la maison. Nous avons rapporté des pièces de linge et de tissu. Lors de cette première perquisition, nous n’avons pas pris les jambons, il donc vraisemblable qu’une deuxième perquisition a été faite chez Monsieur LABORDE.
« J’ai participé aux patrouilles qui ont été faites un soir dans le courant du mois de juin1944 dans les parages des Comptoirs du Sud Ouest , avenue Thiers, à PAU. On avait signalé à la milice que les magasins devaient être cambriolés. Les rondes et la surveillance que nous avons faites n’ont pas donné de résultat.
« Toujours après le débarquement, j’ai été désigné pour me rendre un soir vers 22 heures 30 au dépôt du Ravitaillement Général, boulevard d’Alsace où des individus tentaient de s’emparer à l’aide d’un camion de caisses renfermant des sardines et des biscuits. Ce fait avait été signalé à la Milice par le Commissariat Central. A notre arrivée, les individus étaient partis en laissant sur place leur camion. Nous nous sommes emparé de ce ravitaillement que nous avons entreposé à la villa Sainte-Hélène.
« Je m’identifie avec le milicien N°22 qui a donné des renseignements dans l’affaire DUPUY et SAÜT. En 1940, après la formation de la Légion, le capitaine DUPUY, sachant que j’étais officier de réserve, m’a fait part de son intention d’organiser un service de renseignements officieux, qui avait pour but de recueillir toutes les indication d’ordre militaire concernant les Allemands. En outre, PINGLE, secrétaire général adjoint, m’avait mis au courant de la formation d’une force clandestine couverte par la Légion. Je devais faire partie du S.R.et des groupes armés. DUPUY et PINGLE m’avaient demandé la discrétion la plus absolue. Mais en 1943, lors de la visite du milicien-inspecteur BARBAMANGES de TOULOUSE, le Commandant LAUZIER m’a dit de fournir par écrit à cet inspecteur tous les renseignements que je possédais sur l’activité de DUPUY, de SAÜT et de PINGLE. J’ai donc été amené à les dénoncer. Par la suite, DUPUY et SAÜT ont été arrêtés mais relâchés. Quelques jours après DUPUY a été arrêté par les autorités allemandes et interné au camp de Fresnes. Je vous affirme que je n’ai jamais donné de renseignements sur cette affaire aux autorités allemandes. Je reconnais avoir eu tort de dévoiler l’activité clandestine de SAÜT, DUPUY, PINGLE en raison des conséquences qui s’en sont suivies. C’est par ordre du Commandant LAUZIER que j’ai agi ainsi ; .j’ai cependant cru qu’il s’agissait d’un règlement de compte intérieur. Mais je comprends maintenant qu’il s’agissait d’une vengeance de la Milice contre la Légion.
« Je vous affirme que je n’ai jamais eu de relations directes avec la Gestapo ou les autorités allemandes et que je n’ai pas communiqué de renseignements. De même, je n’ai participé à aucune opération faite par les Allemands.
« Comme je vous l’ai déjà dit, j’étais chef de trentaine à la milice, chargé également du matériel roulant : mes chefs ne m’ont jamais demandé de recueillir des renseignements sur des personnes faisant partie d’organisation clandestine. En ce qui me concerne, je n’ai pas fait de dénonciations et je ne connais pas de dénonciateurs.
« Je consens à vous donner la liste de tous les francs-gardes et miliciens que je connais, ainsi que la fonction de chacun d’eux. L’armement était le suivant : 15 mitraillettes environ, 30 mousquetons, 2 fusils mitrailleurs F.M. et 2 mitrailleuses d’aviation montées sur pied métallique. Il faut ajouter sur cette liste tout le matériel récupéré au château de DOUMY.
« Je reconnais avoir été successivement : Légionnaire S.O.L.et milicien, dans cette dernière fonction, j’étais chef de trentaine. J’ai cru que la politique de collaboration du Maréchal était la meilleure et c’est la raison pour laquelle j’étais milicien. Je tiens cependant à dire que j’ai quitté la milice en même temps que le Chef DABADIE et que je n’ai pas voulu servir sous les ordres de de BOISSE qui, d’après ce que j’ai compris, étais venu à PAU pour participer à des opérations en collaboration avec les Allemands.
Lecture faite, persiste et signe
2 nde audition du 15 septembre 1944
Audition du 15 septembre 1944 menée par Joseph DALAS, Commissaire de Police à la 17ème brigade de Police Judiciaire Pau.
Poursuivons notre interrogatoire du nommé ETCHEBERRIGARAY Joseph, âgé de 30 ans , interné au camp d’IDRON, qui sur interpellation déclare ce qui suit :
« Je reconnais avoir participé aux exercices de tir qui ont eu lieu au champ de tir à PAU, à une date que je ne saurais vous préciser. Je suis cependant certain que cet exercice a eu lieu un jeudi après midi, fin juin 1944 ou début juillet. Y ont assisté : DABADIE, VIVENT, ARRIX, REGLAT, PIRIOU de KERSALAUN, de MALHERBE et 20 francs gardes environ. Nous sommes arrivés sur les lieux vers 16 heures, il n’y avait pas d’Allemands au champ de tir, nous n’avons d’ailleurs vu personne. Les exercices consistaient à de tirs au mousqueton, à la mitraillette et au fusil mitrailleur. Nous avons employé environ 150 cartouches. Nous avons quitté le champ de tir vers 20 heures ; en raison d’une panne du camion qui nous transportait, nous avons du attendre environ 2 heures afin qu’un deuxième véhicule vienne nous chercher. PIRIOU de KERSALAUN est parti vers 19 heures et j’ignore s’il a téléphoné, mais auparavant vers 18h j’ai envoyé de MALHERBE et un autre franc garde au siège de la milice. J’ai su par la suite que M. CRAMPE, garagiste bd d’Alsace, l’avait transporté. De 18 à 20h nous avons effectivement chanté car nous n’avions rien à faire.
« J’affirme que nous n’avons pas participé à la fusillade et à l’inhumation des Français dont les cadavres ont été découverts au champ de tir. Pendant notre séjour au champ de tir, nous n’avons rien constaté d’anormal, je vous affirme qu’il n’y avait pas d’Allemands.
Lecture faite, persiste et signe.
Joseph Etcheberrigaray est jugé le 14 décembre 1944 par la cour de Justice de Pau, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité.
La IVème République du 16 décembre 1944 rapporte les termes de ce procès.
LES TRAVAUX FORCES A PERPETUITE
AU MILICIEN ETCHEBERRIGARRAY
Le cas du milicien Etcheberrigarray Joseph, 31 ans, commerçant, qui a comparu jeudi après-midi est particulièrement grave.
D’abord S.O.L. puis milicien, Etcheberrigarray devint bientôt chef de trentaine des francs-gardes bénévoles. Il se livra dans cette organisme, à une grande activité de propagandiste et prit part à différentes opérations contre les maquis de la Haute-Vienne, contre des résistants des Basses-Pyrénées et, en particulier, contre un cultivateur de Gan, M. Laborde.
Mais, on reproche à l’accusé des faits beaucoup plus graves. En janvier 1943, ayant eu connaissance de l’existence au sein de la Légion des Combattants d’un groupe de dissidents qui n’acceptaient pas la politique de collaboration et de défaite, et ayant appris la constitution de cellules de légionnaires qui préparaient une St-Barthélémy d’Allemands en France, Etcheberrigarray fit un rapport sur cette situation. Sur ce document, qui fut transmis par ses chefs à Vichy, figurait les noms des chefs de ce mouvement, MM. Penglé, Dupuis, Gascogne et Saüt.
Au lendemain de la libération, on découvrit dans les locaux du service de renseignements allemand, une plaque photographique du rapport Etcheberrigarray. Sans qu’il soit établi d’une façon formelle que l’accusé ait été l’auteur de cette dénonciation, il ne fait aucun doute que ce rapport dont il prit connaissance ne soit à la base de l’arrestation par les Boches de MM. Saüt et Dupuis, aujourd’hui déportés en Allemagne.
Au cours l’interrogatoire, après s’être expliqué sur son rôle à la Milice, rôle bien modeste, dit-il, Etcheberrigarray fournit d’abondantes explications sur cette affaire de mouchardage. Il n’aurait écrit ce rapport que sur l’instigation du commandant Lauzier, son chef d’alors. Il précise qu’il n’avait pas l’intention de travailler pour les Allemands et ajoute pour terminer qu’il a agit par discipline.
Le réquisitoire du M. le Commissaire du Gouvernement, M. Poulhanza, est particulièrement dur et ne trouvant aucune excuse au mouchardage dont s’est rendu coupable Etcheberrigarray, réclame contre lui la peine des travaux forcés à perpétuité.
Me Magescas, défenseur dépeint son client comme un excellent homme. Il fait ensuite le procès du régime de Vichy et des ses chefs qui, par une politique insidieuse, empoisonnèrent l’esprit de milliers de braves garçons et les entraînèrent à commettre des actions qui, peu à peu, devaient se retourner contre la France. Il sollicite l’indulgence de la Cour.
Joseph Etcheberrigarray est condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Pour en savoir plus:
Saugeron Emmanuel. La milice française dans les Basses-Pyrénées. Edition Cairn. Morlaas. 2023.

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