Association BPSGM Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale 64000 Pau
Combats de l’été 1944. Prise du Fort du Portalet, combats du Pont de Sebers. 24 août 1944.

Attribué à Jean Dutech, un compte rendu manuscrit détaille les conditions de la reddition du Fort du Portalet ainsi que les combats du pont de Sebers, le 24 août 1944.
Compte rendu manuscrit de la reddition du fort du Portalet et des combats du pont de Sebers (transcription d’un texte attribué à Jean Dutech par H. Baradat).
Prise du Fort du Pourtalet et Combats du Pont de Sebers
Chapitre I : Liaison
Le jeudi 24 août 1944, à huit heures du matin, je vais aux informations à la gare d’Etsau où le camarade FFI Arnaud est à l’écoute. Que s’est-il passé au pont d’Esquit hier au soir lorsqu’une patrouille de neuf hommes venant de la garnison allemandes du Fort du Portalet s’est présentée ? Quels sont les ordres transmis par Traille, délégué militaire FFI ?
La liaison est coupée. Arnaud ne sait rien. Je pars à bicyclette dans l’intention d’essayer d’atteindre Bedous. A l’auberge de l’Estanguet je rejoins le camarade FFI Aillagon Antoine d’Eygun qui allait également aux informations. Nous interrogeons les gens que nous rencontrons sur l’accrochage qui s’est produit hier au soir entre un groupe de FFI qui tenait le défilé d’Esquit et la patrouille allemande. Nous relevons des traces de sang sur des objets divers laissés par la patrouille allemande en se repliant vers la côte de l’Estanguet.
Au pont d’Esquit, une sentinelle espagnole FFI nous arrête. Nous apprenons que le PC du chef est à Lées-Athas. A Lées-Athas, j’explique au chef espagnol que notre liaison est coupée. Je lui pose es questions suivantes : que se passe-t-il ? Que pouvons nous faire pour vous aider ? Il me confirme que les Allemands sont enfermés dans Bedous (200 environ) qu’eux même ont pris position la nuit dernière et qu’ils n’attendent que d’autres camarades FFI pour attaquer, le chef allemand ayant rejeté l’ultimatum.
Il me donne l’assurance que le défilé d’Esquit est bien gardé, qu’aucun Allemand ne passera. Nous devons alerter nos hommes, cerner le Fort, surveiller la garnison des Forges et adresser un ultimatum au Commandant de Fort et à la garnison (que nous savions être réduite à cinq hommes suite de départs de patrouilles qui n’ont pu revenir au Fort).
J’établis avec lui un système de liaison par homme jusqu’à la gare de Lescun, par téléphone à la SNCF de Lescun (Allard) à Etsaut (Arnaud) et à Urdos (Somlevé).
Chapitre II : Alerte. 1éres dispositions.
Nous repartons à bicyclette vers huit heures quarante cinq. Il est convenu que pendant que j’irai vers la gare de Lescun afin d’alerter les FFI des groupes d’Urdos (adjudant Richon) Etsaut (Mendiondo) Borce (mon groupe) Eygun (Lassus), Aillagon avertira quelques camarades FFI de rejoindre Borce. Pendant que j’alerte les sections et demande une réunion des chefs FFI Richon, Lassus, Mendiondo à Etsaut, le camarade Aillagon rencontre Haure-Placé, instituteur à Lescun, qui lui dit que la garnison allemande est partie en laissant des armes et des munitions.
Anchin d’Eygun, est aussitôt averti ; avec son gazogène il prendra Haure-Placé au pont de Lescun et ramènera les armes et munitions utilisables au pont de Sebers de toute urgence. L’affaire se présente bien. A Eygun, on avertit qu’on aura besoin de toutes les bonnes volontés et l’auto d’Aillagon roule vers Etsaut. Arrêté à la gare où arrive justement l’adjudant Richon, Lassus, Paillas instituteur. Le camarade Cédet Jacques, FFI de Borce, est aussi là. Je lui dis de rassembler tous nos camarades et de m’attendre.
L’adjudant Richon envoie aussitôt les gendarmes Andreu et Carazé avec ordre de constituer un barrage en amont d’Urdos pour servir de protection contre une arrivée éventuelle de renforts en provenance des Forges où se trouvent encore 50 Allemands environ.
Il décide qu’un autre groupe commandé par le gendarme Sibers se postera sur les hauteurs boisées de couronnent une arête rocheuse immédiatement à l’est du Fort. Le gendarme Andreu est chargé d’avertir les camarades FFI du quartier de Borce-Aubise d’avoir à se poster sur la falaise dominant le Fort à l’ouest et commandant la route.
Après un court conseil de guerre et pendant que les chefs FFI Richon, Lassus avec Paillas prennent quelques décisions, je regroupe les hommes disponibles de Borce qui prennent leurs armes, un fusil de guerre allemand, un lebel et fusils de chasse pour les autres
A dix heures vingt, j’établis un barrage de troncs d’arbres au Pont de Sebers. Il y a avec moi tout le groupe FFI de Borce bourg (12 hommes). Vers onze heures arrive Anchin portant une mitrailleuse Hotchiss, une caisse de bandes pour mitrailleuse, deux caisses de grenades allemandes, une boite de secours de la Croix-Rouge. Le barrage est ouvert pour laisser passer l’auto puis aussitôt refermé. Une sentinelle est laissée sur un rocher en aval du Pont de Sebers. Des hommes d’Etsaut et d’Eygun ont rejoint le groupe qui comprend 18 hommes.
Nous progressons vers le Fort, d’abord par la route, puis par le tunnel pour échapper aux vues ennemies et, enfin, par bonds pour franchir l’espace découvert entre le sortie du dernier tunnel et l’entrée du tunnel qui passe le défilé du Portalet où j’avais poussé une reconnaissance avec Sautou et Estournès. Lassus reconnaît une bonne position sur un rocher en aval du Fort dominant une ancienne carrière qui borde la route. Je m’y rends avec deux fusils de guerre, deux fusils de chasse et quelques grenades. Pendant que Ceret H et Lalanne F surveillent la rampe d’accès du Fort et la terrasse où veillent constamment trois Allemands, je place Lafonta sur le rocher bordant la route avec son fusil de chasse et et quelques grenades à portée de main.
Pendant que le reste de la troupe, sous les ordres de l’adjudant Richon et de Lassus, franchissent le tunnel pour aller prendre position, avec la mitrailleuse et leurs hommes en avant du pont de la SNCF et barrèrent ainsi la route d’accès sud du Fort et du Pont d’Enfer.
Il est convenu que la liaison sera assurée par le tunnel entre les deux postes.
Chapitre III : Ultimatum.
Vers deux heures et demie, Bonzon vient me dire de ne pas ouvrir le feu sans ordre de l’adjudant Richon, la garnison allemande ayant manifesté son intention de se rendre ; un ultimatum sera adressé par l’adjudant Richon. Mme Lestremau d’Urdos le portera aux Allemands. Il ajoute : l’ultimatum expirera à seize heures, les Allemands hisseront le drapeau blanc et se rendront à Mme Lestremau au pont d’Urdos. Si Mme Lestremau revient seule nous pourrons ouvrir le feu sur la terrasse.
M. Lalanne Pierre, maire de Borce, nous rejoint malgré ses 67 ans. Nous sommes donc six à ce poste où la présence d’un ami de cet âge fait honneur à la commune.
3 heures, sur la rampe du fort monte Mme Lestremau. Elle porte l’ultimatum. Elle court.
3 heures 20, Mme Lestremau redescend du Fort seule. Rien ne bouge au Fort. La sentinelle est toujours à son poste. Nous sommes un peu déconfits. Attendons quatre heures.
3H heures 45, L Pressans vient porteur d’un message. On se tourne vers lui. On nous téléphone que les Allemands ont franchi le Pont d’Esquit (barrage). Ils sont 200 avec camions, car, side-cars et bien armés. Décrochez.
Près de la victoire, courrons nous à l’échec. Allons nous être pris entre deux feux. Je décide d’attendre quatre heures à tout hasard.
4 heures, le drapeau blanc est hissé au sommet du Fort. Je donne l’ordre à ma patrouille de me suivre et suivi de Lalanne François nous gagnons au pas de course le Fort.
Chapitre IV : Occupation du Fort.
Lorsque nous nous présentons, les Allemands (5) avec l’adjudant-chef en tête sont alignés à l’entrée, au garde à vous. Je leur rends leur salut et procède à un interrogatoire rapide. Il en résulte qu’ils n’ont saboté aucune arme. Ils me montrent leurs armes automatiques : 2 mitrailleuses Hotchiss, 1 FM, leurs fusils de guerre (5), leur dépôt de munitions abondamment pourvu. Ils m’expliquent le fonctionnement de diverses armes. Pendant ce temps, arrivent Lassus suivi de Lafonta et Cédet. J Lassus procède aussitôt à la mise en place des armes automatiques bientôt aidé par l’adjudant Richon qui amène de nombreux volontaires FFI de la haute vallée. La route nationale 134 est battue par les mitrailleuse aux points 1, 2, 3. Le fusil mitrailleur est mis en place pour battre la voie ferrée entre les deux tunnels.
Les 5 prisonniers sont emmenés par le groupe Rouglan vers Urdos sous la surveillance du gendarme Bareille et de Lalanne F.
Chapitre V : Combat du Pont de Sebers.
Vers 17 heures, la colonne allemande forte de 200 hommes environ débouche au 2ème tournant en amont du pont de Sebers après avoir enlevé le barrage de troncs d’arbres. Un side-car suivi d’un car se présentent. Les mitrailleuses ouvrent le feu. Le side-car s’arrête net, probablement touché par la mitrailleuse de Cédet Jacques et la colonne allemande se replie derrière les rochers du tournant.
Par la voie ferrée, des Allemands essaient de s’infiltrer entre les deux tunnels pour forcer le passage. Ils y renoncent à la première salve du FM du Fort. Nous ignorons encore à cet instant qu’une formation FFI sous les ordres du Capitaine Prat les talonnait. Au bout d’une demi-heure de fusillade assez nourrie, le drapeau blanc est agité sur la route et on cesse le feu.
Chapitre VI : Conclusion.
Le chef FFI Lassus s’avance avec le drapeau blanc et, après avoir désarmé un adjudant allemand (ancien chef de poste à Lescun) rencontré sur la route, prend contact avec le bataillon FFI du capitaine Prat, chef du 2ème secteur des BP.
104 prisonniers allemands sont alignés le long de la route. Le capitaine Prat se rend au Fort où les défenseurs, sous les ordres de l’adjudant Richon, lui rendent les honneurs.
La garde d’honneur du Fort proposée par l’adjudant Richon est confiée pour vingt quatre heures aux FFI de Borce sous le commandement de leur chef Dutech.
Depuis cette date, une garnison FFI assure la garde du Fort.

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