Association  BPSGM          Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale         64000 Pau

ARRETCHE. Une famille basque dans la Résistance.

Les deux frères ARRETCHE, Jean-Baptiste et Jean-Pierre, nés à Lecumberry, ont eu à affronter de 1939 à 1944, avec leurs 5 fils, toutes les options qui ont marqué les 5 années de guerre et d’occupation: passages vers l’Espagne, évasion individuelle vers l’Espagne, choix du STO,  arrestation, déportation, engagements dans les troupes combattantes, engagements dans les maquis. Les deux frères sont morts en déportation, un fils est mort en Allemagne, un fils est parti travailler pour le STO en Pologne, 4 des fils sont passés en Espagne et 3 ont rejoint les forces françaises combattantes.

 

Pourtant l’odyssée de ces deux fratries est restée longtemps méconnue. Ce sont deux ouvrages de témoignages qui les ont remis en lumière.

  • AU PERIL DE LEUR VIE. La fuite par la vallée de Garazi sous l’Occupation allemande.1940-1944 de Jean-Baptiste Etxarren-Lohigorri paru en 2017 aux éditions Elkar à Bayonne
  • DANS L’OMBRE DES PASSEURS de Gisèle Lougarot paru en 2004 aux éditions Elkar à Bayonne.

Pour consulter les témoignages publiés voir:

  • pages 23 à 62 dans l’ouvrage de J.B Etxarren
  • pages 159 à 162 dans celui de Gisèle Lougarot.

 

Les protagonistes.

Première génération impliquée dans des actes de résistance au cours de la deuxième guerre mondiale, elle comprend deux frères.

JEAN BAPTISTE ARRETCHE, Batita Yoblé (de la ferme Yobleenia à Esterençuby).

 

Batita est né le 21 mars 1895 à Lecumberry. Il est décédé le 20 avril 1945 à Wöbellin, commando dépendant du camp de concentration de Neuengamme.

Batita est mobilisé pendant toute la durée de la première guerre mondiale dans des unités d’infanterie.

Il est arrêté le 20 mars 1944 par la Gestapo à la suite d’une dénonciation. Incarcéré au Fort du Hâ , il est déporté à Neuengamme par le convoi du 21 mai 1944, arrivé à Neuengamme le 24 mai 1944. Il est tatoué du matricule 31789. Il est transféré à Wöbellin en avril 1945 où il décède.

 

Batita est rattaché au réseau Base Espagne, homologué au titre des Forces Françaises Combattantes ainsi qu’à celui des Déportés et Internés de la Résistance. Dossier coté GR16 P 18567 à Vincennes.

Batita est reconnu mort pour la France, en déportation. Dossier coté AC21 P 419188 à Caen.

Son nom figure au monument aux morts d’Esterençuby

Jean-Baptiste Arretche a reçu la Légion d’Honneur, la médaille militaire et celle de la Résistance

PIERRE ARRETCHE, dit Jean Pierre.

Pierre est né le 16 juillet 1892 à Lecumberry. Il est décédé le 31 mai 1944 à Bergen-Belsen.

Pierre est incorporé au 144ème d’infanterie le 11 novembre 1916 (insoumis, sursitaire ?). Plusieurs fois blessé, il est titulaire de 3 citations, de la croix de guerre avec 3 étoiles de bronze, de la médaille militaire (8/11/1929).

Il est arrêté le 19 juillet 1943, interné au Fort du Hâ à Bordeaux le 30 octobre 1943. Il est déporté depuis Compiègne dans le convoi du 6 avril 1944 qui atteint Mauthausen le 8. Il est tatoué du matricule 30964. Il y décède le 31 mai 1944.

Pierre est reconnu forces françaises combattantes (FFC), déportés et internés de la résistance (DIR). Dossier coté GR 16 P 18568 à Vincennes.

Pierre est reconnu mort pour la France, en déportation. Dossier coté AC 21 P 419189 à Caen.

Son nom figure au monument aux morts de Villefranque, à la plaque commémorative SNCF de la gare de Bayonne.

Deuxième génération impliquée dans des actes de résistance au cours de la deuxième guerre mondiale, elle comprend deux fils et une fille de Batita, les 3 fils de Pierre.

ARNAUD ARRETCHE, fils de Batita.  JOSEPH ARRETCHE, fils de Batita.

Arnaud et Joseph Arretche

Arnaud est né le 20 janvier 1922 à Esterençuby. Il est décédé le 26 juin 2012.

Il participe à l’exploitation de la ferme familiale. Dès le début de la guerre en 1940, il conduit des passages vers l’Espagne.

 Requis pour le STO en 1943, après avoir hésité, pour ne pas risquer de nuire aux activités de passage de son père, il part en Pologne dans une usine d’armement. Libéré par les Russes, il est rapatrié après un long périple qui passe par la Crimée, Odessa, la Méditerranée et Marseille.

Arnaud émigre aux Etats-Unis de 1946 à 1988, à San Francisco où il devient agent de police. A la retraite, il rentre au Pays Basque en 1988.

 

Joseph est né le 6 juin 1925 à Esterençuby. Il est décédé le 10 décembre 2018.

Il travaille à l’exploitation de la ferme familiale.  Dès le début de la guerre, il participe aux passages en soutien à son père.

Au moment de l’arrestation de son père, il passe en Espagne pour assurer sa sécurité. Il en revient pour vivre en clandestin à Esterençuby après un passage dans un maquis à Aussurucq.

Joseph émigre aux Etats-Unis en 1952 et revient au pays en 1967, date à laquelle il reprend la ferme de Yobleenia.

Promu Chevalier dans l’Ordre National du Mérite.

MARIE ARRETCHE, fille de Batita.

Anne a 11 ans au début de la guerre.

A son insu, elle est impliquée dans les activités de passage et elle sert de « courrier » entre une boite aux lettres (le restaurant du village) et la ferme familiale.

ROBERT ARRETCHE, fils de Jean-Pierre.

Robert est né le 10 septembre 1920 à Villefranque. Engagé volontaire en 1938, fin 1942, après avoir été mobilisé, il rentre au Pays Basque et aide son frère Ferdinand comme passeur. Evadé de France par l’Espagne, il est interné en Espagne puis incorporé aux forces françaises. Il débarque en Provence. Après la fin de la guerre, il est tué à Zelle (D) le 3 aout 1945, d’un coup de fusil tiré au coin d’un bois (attentat ?) alors qu’il était incorporé dans les troupes françaises d’occupation en Allemagne.

Il est reconnu mort pour la France. Dossier coté AC 21 P 9354 à Caen.

Il est reconnu interné résistant. Dossiers cotés GR 16 P 18569 à Vincennes, SHD/AC 21 P 699209 à Caen.

Son nom figure au monument aux morts de Villefranque.

ALBERT ARRETCHE, fils de Jean-Pierre.

Albert est né le 30 septembre 1922. Evadé de France par l’Espagne, il est interné en Espagne puis incorporé aux forces françaises.

Il est reconnu interné résistant. Dossiers cotés GR P 18563 à Vincennes, SHD/AC 21 P 699206 à Caen.

FERDINAND ARRETCHE, fils de Jean-Pierre.

Ferdinand est né le 27 mai 1924. Il témoigne commencer les passages dès 1940. Craignant d’être arrêté, il organise son passage en Espagne en mars 1943. Ses frères Robert et Albert ainsi que 10 autres jeunes l’accompagnent. Il est interné en Espagne puis incorporé aux forces françaises. En aout 1944, il participe à la libération de Paris avec la division Leclerc.

Il est reconnu comme interné résistant ; Dossiers GR 16 P 18565 à Vincennes, SHD/AC 21 P 699208 à Caen.

Les faits de résistance.

Jean-Baptiste Etxarren écrit, avant de présenter les témoignages concernant la famille Arretche : « la vie montagnarde avait permis à la plupart des bergers de devenir aptes à travailler comme contrebandiers. Ils trouvaient tout naturel de rendre service et, qui plus est, savaient comment s’y prendre. Le cœur porte à la pitié à l’égard de celui qui est dans la difficulté ».

Forts de cette expérience, les membres de la famille Arretche ont développé une filière locale de passage vers l’Espagne à partir de la maison Yobleenia toute proche de la frontière espagnole.

La filière Batita Arretche.

Le père, Jean-Baptiste (Batita) et les fils Arnaud et Joseph sont les acteurs de cette filière.

Le témoignage d’Arnaud Arretche atteste des premiers passages de Juifs dès avant la déclaration de guerre. Ils se poursuivent jusqu’en mars 1944, date d’arrestation de « Batita Yoblé ».

Dans son témoignage, Joseph Arretche atteste avoir effectué encore des passages clandestins jusqu’à la Libération, après son retour d’Espagne et du maquis.

Outre les passages, la famille Arretche assure aussi le transfert de renseignements (messages et courriers) qui arrivent au restaurant Juancito (famille Etchegoyen) que la jeune Marie transférait, à son insu, à la ferme familiale.

Les itinéraires.

Arnaud Arretche évoque trois itinéraires. Les témoignages permettent de reconstituer les grandes lignes de deux d’entre-eux.

L’itinéraire le plus au nord passait par la commune de Saint-Michel, la maison Honto sur la route Napoléon et descendait à Arnéguy par la montagne.

Mendibeltz
Mendibeltz

 

Celui le plus au sud fait mention d’une borde en forêt d’Orion, d’un passage par les montagnes de Mendibeltz et de Leizar-Ateka avant la descente vers Ondarolle et le franchissement de la Nive d’Arnéguy.

Dans un premier temps, jusqu’à novembre 1942, les candidats au passage étaient hébergés dans une borde de la forêt d’Orion. Après l’invasion de la zone libre, ils furent cachés à la ferme malgré la présence sur place de soldats allemands.

Les réseaux en amont.

Les documents officiels rattachent Batita Yoblé au réseau « Base Espagne ». Les témoignages évoquent le réseau « Orion ».

Une partie des candidats au passage provenait de Bayonne où en relation avec Robert Dagonnet qui a été officiellement rattaché au réseau « CND – Castille ». Le transporteur Jean-Baptiste Casteix assurait le transfert de Bayonne vers Esterençuby dans son autocar.

Une autre partie des fugitifs pris en charge par la filière Arretche arrivait par Ancille et Saint-Michel. Elle aurait été composée essentiellement de militaires.

L’arrestation.

Batita Arretche est arrêté le 20 mars 1944. Il est dénoncé par un agent infiltré qui, se prétendant acheteur de bois, avait réussi à gagner sa confiance. Lors de la descente de la Gestapo à la ferme, il ne cherche pas à se soustraire à l’arrestation pour ne pas mettre sa famille en danger et permettre à son fils Joseph de s’échapper.

Batita est déporté à Neuengamme.

A la libération.

Dans son témoignage, Joseph Arretche évoque l’arrestation de fugitifs-déserteurs allemands aux environs du 20 aout 1944.

Ayant repéré des soldats allemands qui occupaient une borde proche de la frontière, il organise leur interpellation avec l’aide de passeurs espagnols et les remet à la gendarmerie.

La filière Pierre Arretche.

Pierre Arretche assurait la réception des candidats au passage en gare de Bayonne. Il opérait en relation avec Robert Dagonnet qui a été officiellement rattaché au réseau « CDN – Castille ». Le transporteur Jean-Baptiste Casteix assurait des transferts vers Esterençuby et la filière de Batita Arretche.

De 1940 à la fin de 1942, Ferdinand Arretche assure les passages vers l’Espagne, accompagné de son frère Robert.

Les itinéraires.

Ferdinand partait de la gare de Bayonne et arrivait au domicile de ses parents à Villefranque (garde- barrières chalet SNCF n°5) en suivant la voie ferrée et la Nive qu’il franchissait en barque à proximité. Les passages avaient lieu dans la nuit du samedi au dimanche.

Vers Aïnhoa

 

L’itinéraire se dirigeait vers Larressore, le haut d’Espelette, la chapelle d’Aïnhoa pour atteindre la frontière à Dancharia.

Chaque convoi comptait de 8 à 10 personnes parmi lesquelles, dans son témoignagé, Ferdinand évoque tout à la fois des Juifs, des réfractaires au STO, des aviateurs, etc…

L’arrestation.

Pierre Arretche est arrêté le 19 juillet 1943. Il a été dénoncé par un agent infiltré qui, s’étant fait passer pour un candidat au départ, a conduit la Gestapo à son domicile. Son épouse fut aussi arrêtée et incarcérée trois mois à Biarritz. Elle obtient d’être libérée en prétextant la présence de son fils Arnaud (en réalité son neveu) comme travailleur en Allemagne au titre du STO.

Pierre Arretche est déporté à Mauthausen où il décède le 31 mai 1944.

 

Les portraits de Batitta et des frères Arretche sont tirés du livre de J.B. Etxarren.

 

 

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