Association  BPSGM          Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale         64000 Pau

Combats de l’été 1944. Libération de la haute vallée d’Ossau. Août 1944.

Un rapport, attribué au lieutenant Ch. BARADAT et au commandant Paco, détaille les conditions de la libération de la haute vallée d’Ossau.

 

 

 

 

Le rapport sur la libération de la haute vallée d’Ossau , rédigé par le lieutenant Ch. Baradat (MUR) et le commandant Paco (Guérilleros), détaille  les conditions de la libération de la haute vallée d’Ossau (Les-Eaux-Bonnes et Gabas).

 

Renseignements

concernant la libération de la vallée d’Ossau

en 1944.

But : Détruire ou capturer les postes allemands de gardes-frontière établis à Eaux-Bonnes et Gabas (avec groupes à Gabas, au col du Pourtalet et au lac d’Artouste) dont la mission était de surveiller la zone frontière interdite et d’interdire le passage de patriotes français vers l’Espagne.

Empêcher les soldats ennemis de se replier vers l’Espagne.

Préparation : Dès 1942, le lieut Baradat, délégué cantonal de la Résistance, et Sassoubre Émile, à Laruns, délégué de l’A.S. recrutent 80 volontaires dans le canton. Ces hommes sont divisés en groupes conformément aux instructions secrètes : il existe un groupe à Eaux-Bonnes, un à Aste-Béon, un à Gère-Bélesten, un à Miègebat mais la majeure partie des volontaires est fournie par Laruns. Des renseignements sur les Allemands sont recueillis sans cesse : effectifs – armement – heures et itinéraires des patrouilles – état d’esprit – etc…

Le 15 juin, le commandant Sumière ex. Marcel est chargé du secteur d’Ossau et établit son P.C. à Gère-Bélesten. Il entre en relations avec les chefs locaux de la résistance et prépare en collaboration avec le lt Baradat le plan d’attaque des postes ennemis. Le 17 août 1944, un camion venu du nord du département porte enfin des armes : mitrailleuses lourdes, mitraillettes, fusils américains et anglais, grenades à main (nous recevons un petit peu plus tard 2 mortiers Brandt avec 200 obus).

Ce matériel débarqué à Aste et camouflé dans une grotte est transporté nuitamment à Gère et dans les granges de haute montagne par un groupe sous les ordres de l’adjudant Capdeboscq Gaston.

Le 21 août 1944, M. Matter, instituteur alsacien, professeur d’allemand au C.C. d’Arudy costumé en officier (et accompagné d’une quinzaine d’hommes armés sous le commandement du commandant Sumière jusqu’aux abords de Gabas) se présente au poste ennemi de Gabas porteur d’un message invitant les occupants à se rendre. Après des pourparlers assez longs, il lui est répondu : « des Allemands ne se rendent pas sans combattre ; nous attendons des renforts d’Oloron ».

Une démarche auprès du poste des Eaux-Bonnes par intermédiaire du capitaine d’aviation n’a pas plus de succès.

Le soir, un détachement d’environ 200 guérilleros espagnols sous les ordres du commandant Lopez est conduit par des sentiers de montagne grâce au guide Vignau, de Laruns, au sud de Gabas, dans les vallons de Brousset et de Bious. Mission : couper la retraite, le cas échéant, aux soldats allemands qui tenteraient de se replier vers la frontière.

En même temps, tous les points stratégiques de la nationale 134 bis au nord de Laruns sont gardés par des groupes de l’A.S. armés de mitrailleuses et de grenades avec ordre d’arrêter tout détachement ennemi montant ou descendant la vallée.

Le groupe de M. Casenave Nebout, ingénieur T.P.E. à Laruns, particulièrement homogène et bien armé, reçoit l’ordre de surveiller le poste allemand des Eaux-Bonnes. Ce groupe, usant d’audace, s’installe visiblement en face du réseau barbelé qui protège l’hôtel où sont logés les ennemis et veille toute la nuit. Résultat : les Allemands sont démoralisés.

Le 22 août au matin, une réunion se tient au P.C., salle de la mairie de Gère-Bélesten, Outre les chefs cantonaux français sont également présents deux représentants des guérilleros dont le commandant Lopez, le maire de Laruns, M. Auclin, ingénieur en chef de l’entreprise Sainrapt et Brice, M. Larrue des Eaux-Bonnes. Auclin qui parle allemand rend compte qu’au poste de Gabas on lui a déclaré le matin même : « nous lutterons jusqu’au dernier ». M Larrue déclare également que le poste des Eaux-Bonnes est décidé à lutter.

Aussi après un examen approfondi de la situation et échange de vues, il est décidé que :

l’attaque des deux postes aura lieu le lendemain matin, mercredi 23 août, d’après les plans conçus par le commandant Sumière et le lieutenant Baradat ,croquis étudiés en commun.

Si les Allemands se rendent sans combattre, ils seront traités selon les lois de la guerre.

S’ils résistent et qu’il y ait combat, ils seront exterminés.

La journée est ensuite employée à vérifier, distribuer les armes descendues au préalable à proximité de la route nationale par des traîneaux et cachées dans une grange à Gère.

Le 23 août au matin, deux sections de volontaires palois sous les ordres des sous-officiers Artigou et Grosjean arrivent au P.C. de Gère-Bélesten mais sans armes. La compagnie d’Arudy , lieutenant Larquier, dépêche également un fort groupe. Une dernière tentative est faite pour amener les Allemands à se rendre : le docteur Briol de Laruns transporte à Oloron le capitaine Hirsch car on a appris que tous les soldats ennemis, le commandant à leur tête, ont quitté Oloron l’avant-veille. De plus un soldat ennemi blessé dans l’affaire de Hérrère est soigné à la clinique Laffitte de cette ville. Le capitaine Hirsch fait constater au blessé la fuite de ses camarades et le porte aux Eaux-Bonnes en témoigner auprès du chef de poste. Bien entendu toute la caravane de voitures et camions portant nos hommes suit l’automobile du docteur Briol à Eaux-Bonnes et après quelques explications les ennemis se rendent : il y avait 22 hommes et cinq tonnes de matériel de guerre dont 2 tonnes d’explosifs (nous n’avons pu savoir la destination de cette grande quantité de cheddite).

Vers 13 heures, l’affaire des Eaux-Bonnes était réglée et les prisonniers confiés au groupe M. Casenave Nébout chargé de les conduire à Laruns.

Gabas

Dès le matin du 23 août, les guérilleros espagnols surveillant du haut du chemin de Piet (qui surplombe Gabas) l’hôtel des Pyrénées où logeait le poste ennemi avaient ouvert le feu sur les soldats qui s’aventuraient hors de l’hôtel. Aux Espagnols vinrent se joindre deux gendarmes français en tournée et appartenant à la brigade des Eaux-Chaudes. L’un d’eux réussit à abattre un Allemand qui ripostait avec le canon de 37 du poste. Pendant plusieurs heures, une fusillade éclata entre Espagnols, gendarmes français d’un côté, allemands de l’autre. Mais seul le soldat allemand cité plus haut fut tué.

Le combat durait encore lorsque le détachement venu de Laruns et Eaux-Bonnes précédé de la voiture du docteur Briol portant le capitaine Hirsch et le blessé ennemi d’Oloron, arriva à Gabas.

Après quelques minutes de pourparlers le poste accepta de se rendre. L’argument décisif était la fuite du commandant allemand d’Oloron lequel terrorisait ses subordonnés.

Résultats de l’opération : 34 soldats ennemis prisonniers, 7 tonnes de matériel de guerre dont des mitrailleuses lourdes, un canon allemand de 37 avec 300 obus, etc..

Les prisonniers furent ramenés pédestrement à Laruns où ils arrivèrent vers minuit au milieu de l’allégresse générale mais sans qu’aucun geste ou aucune parole vint salir cette belle journée. Avec les Allemands des Eaux-Bonnes ils furent logés à la salle Jeanne d’Arc à Laruns. Les détachement FFI occupèrent immédiatement les postes de Gabas et Eaux-Bonnes organisant à leur tour la surveillance de la frontière des Pyrénées et empêcher la fuite des miliciens et collaborateurs vers l’Espagne.

Le 24 août, deux autres Allemands, dissimulés la veille dans les bois, se constituèrent prisonniers au poste de Gabas ce qui portait le total pour la vallée d’Ossau à 58 soldats ennemis capturés.

Dans la matinée, un détachement de Français FFI et de guérilleros espagnols sous les ordres du commandant Berthou, du capitaine Hirsch, du lieutenant Baradat et du commandant espagnol Paco remettait les prisonniers entre les mains du commandement militaire à Pau, lycée Louis-Barthou.

Source: fonds Baradat, archives de l’association.

Dossier au Service Historique de la Défense:

Baradat Charles 

Capdeboscq Gaston 

Sassoubre Emile

Sumeire Marcel

Vignau Pierre

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