Association  BPSGM          Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale         64000 Pau

Combats de l’été 1944. Accous. Activités du groupe FFI du 21 au 25 août 1944.

En date du 30 août 1944, Joseph CAVERO, chef des FFI d’Accous, rend compte de l’activité de son groupe du 21 au 24 août 1944 au cours des combats de libération de la haute vallée d’Aspe.

 

 

Compte rendu manuscrit de l’activité du groupe FFI d’Accous lors de la libération de la haute vallée d’Aspe ( 21 – 25 août 1944) rédigé par J. CAVERO, responsable FFI local.

 

 

Monsieur Cavéro Joseph, chef du groupe de résistance d’Accous à

Monsieur le Commandant des FFI.

Monsieur le Commandant.

Je, soussigné Cavéro Joseph, chef du groupe de résistance d’Accous, ai l’honneur de vous rendre compte de ce qui s’est passé à Accous du lundi soir 21 août au jeudi soir 24 août.

Lundi 21 août.

Averti, vers 19 heures, de l’arrivée des Allemands à Bedous, j’ai immédiatement convoqué chez moi les FFI d’Accous. Après une courte délibération, un groupe FFI est passé dans chaque maison du village récupérant armes et munitions. Un groupe de 10 hommes bien armés a pu être immédiatement constitué. J’ai pris le commandement de ce groupe.

La liaison n’ayant pu être établie, à ce moment, avec les FFI de la haute et de la basse vallée, j’ai décidé de patrouiller toute la nuit dans le vallon d’Accous.

Au cours de cette nuit, rien à signaler.

Mardi 22 août.

Selon les ordres reçus dans le courant de la matinée du mardi 22 août, j’ai dressé une embuscade dans les gorges de l’Esquit. Les hommes sont restés à leur poste jusqu’à 12h.

Me rendant compte de la faiblesse de mes effectifs et les liaisons avec les groupes de la basse et de la haute vallée n’ayant pu être réalisées, j’ai donné l’ordre à mes hommes de se replier sur le village pour décider tous les hommes valides à rentrer dans nos rangs. La majeure partie de la population nous a prêté son concours et, en fin de journée, mon groupe comprenait 32 hommes fermement décidés à attaquer, au premier commandement, les troupes allemandes.

J’ai été avisé vers 20heures de l’ultimatum qui avait été porté au commandant allemand du poste de Bedous. En conséquences, mes hommes ont reçu l’ordre de ne pas attaquer les groupes isolés d’Allemands qu’ils pourraient rencontrer. Ils ont continué cependant leurs patrouilles nocturnes. Toute la nuit, rien d’important à signaler.

Mercredi 23 août.

Sans liaison avec les FFI de la basse vallée, je me suis rendu à Bedous et pour ne pas éveiller de soupçons je me suis camouflé en boulanger. Monsieur Borce de Bedous m’a prêté à cet effet sa voiture. Le groupe de Bedous m’a dit que l’ultimatum avait été repoussé et leur chef m’a donné l’ordre de continuer à patrouiller dans le vallon d’Accous et de surveiller la gorge d’Esquit.

12H, rassemblement du groupe. J’ai désigné à chacun sa mission. Chaque patrouille comprenait 5 unités. Ces groupes ont été disposés aux endroits ci-dessous indiqués :

  • Esquit. Mission a été donnée à ce groupe d’établir la liaison avec les FFI de Lées et de continuer leur action.

  • Embuscades le long des haies avoisinant la route nationale N° 134 et les voies qui donnent accès au village d’Accous.

Dans le courant de l’après-midi, un side-car allemand se dirigeant vers Bedous a été attaqué par mes hommes. D’après un observateur un Allemand aurait été sérieusement atteint. A signaler que mes hommes ont tiré à bout portant et à découvert. La riposte immédiate des ennemis a été sans effet. Pas de blessés. Après cet incident, je me suis dirigé vers Bedous accompagné de mes hommes. (trajet suivi : champs longeant la route nationale et et avoisinant la voie ferrée).

Le groupe que je commandait a remarqué la vive activité des Allemands doublant les postes gardant Bedous. Nous sommes restés sur cette position pensant que les FFI de Bedous trouveraient le moyen de se joindre à nous. Ils nous ont dépêché un messager qui nous a transmis l’ordre de poursuivre notre mouvement en resserrant l’étreinte sur les postes avancés allemands.

Sur ces entrefaites, j’appris que Monsieur le maire d’Accous avait informé la population des menaces de représailles formulées par le commandant allemand de Bedous. Représailles motivées par l’hostilité évidente des Accoussiens à l’égard des troupes occupantes. A la suite des ces massages, j’ai donné l’ordre de barricader toutes les voies donnant accès au village.

Patrouilles toute la nuit dans le vallon d’Accous et aux abords de Bedous.

Mes hommes postés à Esquit avec ceux de Lées ont tiré sur un groupe d’Allemands venant de Lescun. Un Allemand a été tué, 3 autres blessés. De notre côté, 1 mort, M. Maoutte de Athos. Pas de blessé.

Mme Labourdive qui assurait la liaison a essuyé au passage de la gorge d’Esquit une rafale de fusil mitrailleur. Elle n’a pas été atteinte et a pu nous communiquer tous renseignements utiles. Le groupe d’Allemands s’est replié sur Lescun.

Il est à remarquer que mercredi soir tous les hommes valides d’Accous prirent les armes renforçant nos rangs. A signaler en particulier de vieux hommes, anciens combattants de la guerre 1914-1918, Rouglan François secrétaire de mairie, Care Basile, Laplace Bergez Alexandre, Guiraute Poquayrat, Rouglan François cultivateur.

Jeudi 24 août.

A l’aube, des observateurs ayant pour mission de surveiller les mouvements des Allemands ont remarqué un groupe de 9 Allemands accompagnés d’un chien, suivant la vois ferrée en direction de Bedous. Mes hommes se sont immédiatement portés en avant et ont ouvert le feu sur le groupe ennemi. Les Allemands ont riposté en nous lançant des grenades mais n’ont pas engagé le combat. Ils ont fui précipitamment vers Bedous. Résultat : 3 blessés dont un grièvement.

9H30, le contact est établi avec le commandant des espagnols venus de la basse vallée.

10H,Les demoiselles Vignau de Lescun, anciennement cuisinières des Allemands, sont venues m’avertir de l’existence d’un dépôt d’armes allemandes à Lescun. A court de munitions, j’ai décidé, avec le concours d’un groupe d’hommes résolus de m’emparer de ce dépôt. J’ai confié le commandement des groupes d’Accous à illisible Charles avec comme consigne d’attaquer toute patrouille allemande qui s’aventurerait hors de Bedous. A mi-chemin de Lescun, on m’a signalé que le groupe de Lescun m’avait devancé en s’emparant du dépôt d’armes et qu’un groupe d’Allemands se cachait à proximité du pont du Roy (territoire d’Accous). Nos les avons cherchés en vain.

A ce moment, une estafette envoyée par le commandant espagnol m’a averti du départ vers Esquit des Allemands cantonnés à Bedous. Mon premier mouvement a été de rejoindre mes hommes à Accous mais réfléchissant que cela m’était impossible j’ai obéi aux ordres du commandant espagnol demandant qu’on établisse un poste au tournant de la « Gahe »(maison Jedoutteau), poste ayant pour mission d’attaquer la colonne allemande qui s’engageait sur la route nationale.

Accous.

Pendant ce temps, les hommes FFI et volontaires d’Accous établis en embuscade à proximité de la route nationale du vallon d’Accous ripostaient au tir incessant des Allemands avançant en tirailleur sur la voie N°134.

Un groupe FFI d’Accous a essayé d’enrayer l’avance de 5 Allemands poussant une pièce d’artillerie sur les rails de la voie ferrée.

A Esquit.

L’attaque a été déclenchée dès l’apparition des premières unités allemandes par un groupe des FFI d’Accous échelonnés le long de la route sur la rive droite à partir de la Tolou.

Care Basile ancien combattant de 14-18 âgé de 63 ans s’affaisse atteint d’une blessure grave au bas-ventre après avoir tué un Allemand.

Un groupe important des FFI et volontaires d’Accous, renforcé par les Espagnols, se tenait au « Saut de l’Aigle » dominant la gorge. Les Allemands ont été tenus en respect dans la gorge pendant plus d’une heure. Nous n’avions que de fusils et quelques mitraillettes, pas de mitrailleuses.

En rasant la paroi rocheuse, les Allemands ont réussi à sortir de la gorge. On les voyait ramasser, au fur et à mesure de leur avance, tous leurs hommes qui tombaient et les jeter dans un camion.

Le plateau du « Saut de l’Aigle » étant en vue de la côte de « Vendome » les FFI d’Accous dirigèrent une fusillade intense sur les Allemands qui pensaient avoir fini la traversée de la gorge d’Esquit. Débandade d’un groupe d’Allemands.Quelques uns se sont rendus. Un groupe important a fui à travers les taillis renonçant à la lutte.

Pont de Lescun.

Mon groupe établi à la « Gahe » a attaqué la colonne allemande qui ripostait violemment. Après la passage de la colonne, j’ai tiré à bout portant une rafale de mitraillette sur une moto allemande montée par 3 hommes. Un Allemand a été tué. Tous les FFI d’Accous m’ont rejoint, harcelant les arrières de la colonne allemande.

A ma demande « Pas de victimes ? », ils m’ont répondu « Care est grièvement blessé ». « Allons le venger » dis-je et nous avons continué la poursuite vite rejoint par les forces du maquis qui arrivaient en grand nombre.

Observations.

Le ravitaillement des hommes d’Accous a été assuré par Madame Casalot Marie, Madame Cavéro Léonie qui pendant 3 nuits consécutives du 21, 22 23 août ont apporté aux hommes dans chaque poste des aliments, des boissons chaudes, des chandails. Madame Labourdive nous a servi,au péril de sa vie, d’agent de liaison. Melle Alice Haget s’occupait de réapprovisionner nos hommes en munitions.

Melles Anna et Marie Saffores, Madame Léonie Cazenave avaient créé un poste de secours. Ce poste a donné les premiers soins à Monsieur Care Basile grièvement blessé.

A signaler encore, Guéraute Pierre, blessé en 21 en Syrie, amputé en 40 de la jambe gauche, « croix de guerre 1939-1940 », médaille militaire, était à nos côtés pour venger son membre.

Vendredi 25 août.

Tous les FFI et les volontaires des journées du 21, 22, 23, 24 août d’Accous en armes et en tenue de combat assistent à Lées-Athas aux obsèques de M. Maoutte tombé au champ d’honneur. Avec mes hommes auxquels s’étaient joints ceux de Lées-Athas, j’ai rendu un dernier hommage à mon compagnon d’armes. (Prise d’armes).

A notre retour à Accous, nous nous sommes rendus au cimetière et ,devant le monument aux morts, nous avons, après la minute de silence rituelle, chanté une vibrante Marseillaise.

Une grande partie de la population accoussienne était présente à cette cérémonie.

Fait à Accous, le 30août 1944.

signé : J. Cavéro

Source; fonds Baradat, archives de l’association.

Désolé, les commentaires sont fermés pour cet article.