Association  BPSGM          Les Basses Pyrénées dans la seconde guerre mondiale         64000 Pau

Archives mensuelles : juillet 2024

Combats de l’été 1944. Charrite-de-Bas. 15 août 1944.

Le 15 août 1944, à Charitte-de-Bas, une embuscade oppose un groupe de résistants à un convoi allemand de ravitaillement. En représailles à cet action, le 16 août, les troupes d’occupation investissent le village, pillent des maison et en incendient 3 au centre du village.

 

 

 

Témoignage du maire de Charitte-de-Bas.

Dans le cadre de l’enquête sur l’histoire de l’occupation et de la libération du département réalisée en 1949, le maire, M. Pierre Lapeyre, décrit les événements qu’il vécut personnellement le 15 et le 16 août 1944.

Transcription du document transmis à l’administration préfectorale.

 

Commune de Charrite-de-Bas.

Enquête sur l’histoire de l’occupation et de la Libération dans le département des Basses-Pyrénées.

Question n°1 : tués : 2 blessés : 2

N°2 : prisonniers : 17

N°3 : 9 ont rentrés avant 1945, 8 après la capitulation

N°5 à 12 : néant

N°13 : 3 S.T.O.

N°14 : 3 partis en Allemagne

N°15 : tous rentrés

N°16 à 28 inclus : néant

N°30 : La commune de Charitte n’a pas été effectivement occupée. Les troupes d’occupation de Mauléon faisaient des randonnées journalières en camion avec des masses très importantes d’hommes. Une corvée de ravitaillement des ces troupes se rendait tous les jours à Salies, son itinéraire était Mauléon, Charrite, Sauveterre et Salies.

Le 15 août 1944 à 15h, je fus prévenu que le maquis construisait des barricades en plein centre du village, dans le bois de Chalbagoïty longeant la route départemental n°11. 3 gros arbres furent abattus sur la chaussée, obstruant le passage de façon infranchissable. Les maquisards se préparaient à attaquer le camion de ravitaillement qui rentrait de salies à Mauléon. A cet effet ils se cachèrent derrière le mur du cimetière et attendirent.

Leur attente ne fut pas de longue durée. A 14h30 exactement, au moment où le convoi montait la petite côte de l’église, les maquisards ouvrirent un feu nourri sur un camion chargé de pain et denrées diverses. Le chauffeur était français, s’appelait Harg.. Basille, domicilié à Biscarosse -Landes-. Il fut tué sur son siège ainsi que le sous-officier allemand assis à ses côtés.

Un des dix ou douze hommes montés derrière le camion fut tué net et vint s’abattre sur la chaussée, juste en haut de la côte, en face du restaurant Asgain. Le camion privé de son conducteur partit à la dérive jusqu’au mur Malet qu’il démolit ainsi que la grande croix qui fut coupée en deux. Une camionnette qui suivant à courte distance eut le même sort, un pneu crevé par des balles de mitraillettes s’immobilisa. Le chauffeur étant français aussi profita de la panique qui s’en suivit pour se sauver ( et y réussit). Les Allemands survivants revenus de leur première émotion ouvrirent le feu dans toutes les directions ? Aucun maquisard ne fut blessé. Ils réussirent ainsi à se sauver. Les Allemands recueillirent un blessé grave et le transportèrent à l’auberge Berten.. avec la consigne de le garder jusqu’à ce qu’ils viennent le prendre. Ils se retirèrent ensuite à Mauléon en passant par Aïnharp.

Je fus dans l’impossibilité de faire parvenir à la gendarmerie ce qui venait de se passer. Toutes les communications ainsi que le téléphone étant coupés. Le 16 août je puis faire remettre à la gendarmerie une lettre relatant les faits. Les Allemands me firent dire qu’ils passeraient dans la journée pour enlever leurs morts et blessés. J’attendis donc l’arrivée des Allemands avec Mr Abeberg, secrétaire de mairie. Un premier convoi composé de 27 camions vint vers 9h. Une limousine en tête de convoi était conduite par un officier qui devait être un commandant. Il s’arrêta à 20 mètres et s’avança vers moi. Je marchai vers lui, il me demanda si j’étais le maire, je lui répondis affirmativement. Arrivé à ma hauteur, je m’apprêtai à le saluer. Quand nous fûmes face à face, il recula un pas, arma sa mitraillette avec un grand fracas me donnant un coup sec sur la poitrine avec le canon de son arme. Je reculai terrifié. L’officier me donna l’ordre de faire des funérailles solennelles au chauffeur français qui avait trouvé la mort dans leur camion. Ils m’avisèrent encore qu’ils allaient faire sauter 3 maisons qu’ils me désignèrent ; je fus chargé de prévenir les occupants qu’on leur accordait un quart d’heure pour enlever l’argent et les bijoux tout le reste devant rester pour eux (sauf encore les bêtes). L’annonce de cette nouvelle pour chacun d’eux fut, on se l’imagine, douloureuse. Ce fut la plus cruelle épreuve qu’on pouvait imposer à des innocents qui ne voulurent pas avouer qu’ils avaient vu le maquis faire ses préparatifs d’attaque.

A partir de cet instant même,tous les soldats allemands se ruèrent dans les maisons désignées comme victimes. Le pillage fut ordonné et organisé, chaque homme pris ce qu’il lui convenait le mieux. Ainsi tous les vêtements civils masculins furent enlevés de première. Tout ce qui était vivres,conserves, etc, etc .Deux grands sacs furent remplis de volailles vivantes, des troupeaux d’oies suivirent le même sort. Jusqu’à un jeune veau qui effrayé gambadait fut aussi hissé sur leur camion. Entre temps mes deux compagnons de captivité de la journée furent emmenés par les Allemands, Bordatto Jean fut monté sur un camion, l’abbé Tigaray fut invité à monter dans une petite voiture.

Tandis que le pillage continuait, d’autres soldats mettaient leurs petits canons en position. Ainsi deux pièces furent placées dans le fond de la prairie face aux maisons sacrifiées. Une autre pièce fut placée dans le champ de chez …. . pointée vers Bordes. Les Allemands firent évacuer la région qui allait être bombardée, ouvrirent le feu avec des bombes incendiaires sur ces trois maisons. Le bombardement dura un peu moins d’une heure. Quelques instants plus tard on voyait une épaisse fumée sortir des toits. L’incendie battit son plein pendant un temps record. Leur forfait accompli , le gros de la colonne pris son départ vers 6h du soir. Mr le curé fut relâché à la sortie du village. Bordatto fut emmené par eux à Orthez.

Les officiers partirent les derniers après s’être fait servir un copieux repas chez Bert…N’ayant pu disposer de ma personne toute la journée, je demandai à un officier qui me semblait être le chef s’il me donnait la liberté de rentrer chez moi. Il me répondit affirmativement. A ce moment là, je pus respirer librement. Toute la journée fut pour moi une attente dans l’angoisse.

Enfin, j’étais libre, libre aussi était la région. Ces événements coïncidaient avec le débarquement des Alliés à Nice. Les Allemands en déroute quittèrent le pays pour ne plus revenir. Ainsi pris fin la tragédie de Charitte-de-Bas qui s’en tira avec des dégâts (hélas très importants) mais purement matériels.

Dressé par nous, Pierre Lapeyre, maire de Charitte-de-Bas, seul témoin présent de tous ces événements.

Charitte-de-Bas, le 8 décembre 1949

Signé

Lapeyre

Le témoignage du maire est accompagné de 2 documents, compte rendu des actions, issus des archives des M.U.R.

 

 

 

 

 

 

Source; fonds Baradat, archives de l’association.

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